L'ACTUALITÉ
Dernière modification : le 23-Sep-2004 12:22 (GMT+1 / Bruxelles)

 

Le Général de Division (à titre temporaire)
M ALI ABDILLAHI IFTIN

Commandant le Mouvement Djiboutien de Libération Nationale

" La liberté du citoyen qui gouverne un pays se définit par le respect de la liberté de l'autre citoyen et le souci constant du bien de tous".

Le grand cirque ismaïlien
représentation permanente

Photo European commission

23/09/04 - La crise économique et sociale touche aussi de plein fouet les étudiants djiboutiens en pleine galère. Partir ? oui mais comment ?.

Par M MOHAMED ABDILLAHI

Problèmes de logement, de frais de scolarité et surtout inégalité des chances car les " bourses universitaires " versées par les pays étrangers ne servent qu'aux " enfants du pouvoir " et ce qu'il en reste s'égare dans les " caves " de nos Ambassades.

Les affres vécus actuellement par les populations de notre pays, par nos frères et nos sœurs étudiants mais vivant encore à Djibouti, tout ceci nous amène à prendre quelques moments de réflexion.

Après avoir été le dernier territoire français décolonisé en Afrique - plus de 17 ans après la majorité d'entre eux - voici que notre pays, terre de nos ancêtres n'évoque - et même si le sujet en reste au niveau de l'évocation pure - que celui de la misère, de la ségrégation et du désespoir face à l'ampleur du désastre économique et social qui nous frappe depuis quelques années.

A la tête de cet état se trouvent tout au plus trente familles plus ou moins associées détenant la quasi totalité du produit national brut, de sorte que tous les chiffres annoncés par les médias ne signifient rien pour la masse de la population, sinon que l'écart les séparant de cette élite a encore grandi d'année en année et particulièrement depuis l'année 1999.

Ces trente familles émergent au sein des institutions étatiques comme par l'enchantement d'une supposée dotation génétique qui leur permettrait de se hisser intellectuellement au-dessus des autres : or ce sont les plus ignares et les plus cupides mais aussi ceux qui détiennent la force publique par quelques groupuscules de mercenaires qui font et imposent leurs lois.



Toute économie moderne ne peut actuellement se battre sur le marché international en laissant une poignée d'affairistes tout monopoliser en spoliant tout à la fois les
Finances publiques et les citoyens que nous sommes..

Toute la forme d'économie dirigée par ces " affairistes " contraint à expulser les étrangers qu'elle juge indésirables et ce à grand renfort de publicité alors qu'elle emploie dans ses entreprises quasiment qu'une population étrangère et "au noir", à laquelle elle paie un salaire de misère en omettant de verser aux finances publiques et aux diverses caisses les impôts, taxes et charges sociales afin de se préserver ainsi une main-d'oeuvre à bon marché et des profits énormes.

Ce tableau est plus noir et moins optimiste que la situation de bien autres pays du monde avec un point de plus, que tous ces aspects dénoncent :

Djibouti vit encore dans un système de lobbies sauvages d'une minorité imposant son diktat et ses décisions politiques lourdes de conséquences à une majorité ; que ces décisions aient une base économique ou politique.

Au sein de ce qui fait office d'Assemblée Nationale, le même esprit groupusculaire règne en maître.

Nulle dissension, nulle scission l'ensemble est monolithique dans l'absence de réflexion et de décision ; tout se décide dans un seul et même bureau du Palais de l'Escale,

le grain arrive moulu sur la table de nos députés qui n'ont plus qu'une grande responsabilité..... consistant à faire cuire leur gamelle quotidienne en veillant que le voisin n'en ait pas plus que soi !.


Ceci qui peut faire sourire, éveiller un instant un peu de tendresse complice, "ça, c'est Djibouti...", est aussi alarmant lorsque l'on sait que depuis 27 ans nos députés sont désignés par la présidence de la République : ils n'ont qu'un Droit consistant à se taire par ce qu'ils sont payés pour cela et pour rien d'autre.

Tout peuple a les institutions qu'il mérite, dit-on, mais il est insuffisant de considérer que ces institutions soient l'émanation de la nation seulement: ces institutions devraient informer, c'est-à-dire informer de l'intérieur et permettre une évolution de l'esprit d'une nation.

Les membres de notre Assemblée nationale ne font pas que ressembler à des marchands du souk dans leurs diatribes, par leur comportement ils éduquent le peuple à se taire et à baisser la tête.

"Money is money"!!!

Constat amer. Peu nous importe ici de faire l'étalage des défauts des autres nations, de l'altération de systèmes parlementaires qui ne valent guère mieux parfois, ou des affaires sapant la moralité du système français.

Balayons d'abord devant notre porte et ensuite on ira voir ailleurs !.

L'esprit communautaire : un lourd héritage

Ce qui nous paraissait essentiel dans cet article, était de mettre en évidence un héritage lourd, dont Djibouti ne s'est pas débarrassé : l'exil et la communauté.

La particularité singulière de toutes les difficultés actuelles de cet Etat consiste en un esprit de minorité se défendant d'une majorité, en un mot des moyens de défense et des réflexes d'une communauté en exil.

Point d'esprit national, mais un esprit de groupuscule, que ce soit à l'Assemblée Nationale, dans les affaires, ou dans le domaine du privé.

Pour parodier Kennedy, on ne se demande pas ce que l'on peut faire pour l'Etat, mais ce que l'Etat peut faire pour son intérêt personnel, pour son groupe.

On manigance sans vergogne, jusqu'au plus haut niveau. On traite l'autre comme une source de profit, et, pour citer Kant, non pas comme un but, mais comme un moyen.

Il faudrait revenir à une vision claire des choses et considérer un instant que la création de cet état en juin 1977 a eu pour but la réunion des Djiboutiens et des Djiboutiennes, sous un même drapeau, hymne nationale, même Constitution et non leur autodestruction.

Il faudrait quitter un instant les oeillères de nos vies personnelles et individuelles, pour tenter d'entrevoir un avenir ensemble.

Il faudrait que la question ne soit plus "que doit-on faire maintenant dans mon intérêt, l'intérêt de mon clan, mais que puis-je faire pour l'intérêt de tous.".

Et cette question essentielle se décline à tous les modes.

L'Etat n'est pas une source de profits ou de pouvoirs à dévorer.

L'Etat Djiboutien est le seul groupe auquel il nous faut aujourd'hui appartenir, le seul groupe à maintenir et à défendre, au-delà de nos divergences, le seul groupe dans lequel notre identité pourra se définir positivement, et non contre une autre identité.


La crise économique et sociale touche aussi de plein fouet les étudiants djiboutiens en pleine galère.


Plus de 30 % de notre jeunesse vit à l'étranger à la recherche d'une Universités ou d'une Ecole supérieure acceptant de les accueillir mais en l'absence de " bourses d'étudiants " détournées au niveau de nos Ambassades pour être consacrées pour partie aux " enfants du pouvoir ", le rêve de ces étudiants et des étudiantes se transforme vite en déception car passant de stage en stage (encore faudrait-ils qu'ils aient cette chance) de formation et trop souvent valorisation par un diplôme.

C'est dans ce cadre - plutôt sombre - dans lequel vit la jeunesse djiboutienne que nous observons alors que le Gouvernement en Exil devient sans cesse l'objet de demandes d'aides.

Comme nous l'avons toujours soutenu, le GED ne peut se substituer aux étudiants et étudiantes dans leur choix d'établissement ; ce n'est qu'ensuite et lorsque les formalités administratives terminées que nous intervenons pour soutenir les dossiers ; encore faut-il qu'ils soient présentés dans les délais imposés par les établissements d'accueil.

Les années de leur période d'après baccalauréat sont appelées les " années de la débandade " ou " les pires années de notre vie " pour nos étudiants - nous le savons car nous sommes pasés par là - mais la question est :

- à qui revient la responsabilité ?.


Le syndrome de " l'enfant éternel " est très présent à Djibouti.

En effet, les jeunes vivent rarement seuls, ils habitent longtemps la maison familiale, entourés de leurs parents, frères et sœurs.

Un maigre 9 % des jeunes de 16 à 25 ans vivent séparés de leurs parents alors que quatre jeunes sur cinq aspirent à l'autonomie, à une vie privée hors de la sphère familiale.

Il est donc évident que cette enfance prolongée n'est pas le résultat de choix personnels, mais bien de contraintes de nature financière.Cette jeunesse est économiquement dépendante, elle n'a pas les moyens de ses projets et ses ambitions.

En dépit de ses aspects négatifs, la vie prolongée au nid parental comporte des avantages, parce que la vie de famille atténue les chocs en période de crise sociale grave comme c'est le cas actuellement.

Les réponses des jeunes hommes et des jeunes femmes évoquent d'ailleurs des relations familiales affectueuses, pleines d'attention et de soutien moral et financier de la part des parents qui sembleraient n'imposer presque jamais de règles de comportement trop rigoureuses.

L'objectif le plus important, aussi bien pour les garçons que pour les filles, est de terminer leurs études.

C'est la priorité des trois quarts des jeunes interrogés. L'emploi suit en deuxième place, devant la question du logement.

La formation d'une famille arrive en dernier.


Partir... partir... partir !

Par ce que la société djiboutienne a considérablement régressé ces dernières années, trois jeunes sur quatre affirment qu'ils quitteront le pays à la première occasion et élaborent des projets de départ à l'étranger.

Les motifs les plus fréquents sont le niveau de vie plus élevé, les perspectives d'avenir plus nombreuses, la sécurité, la poursuite des études...

Il est aussi clair que l'énergie de mai 1999 s'est estompée chez nos jeunes, tout comme l'espoir que tout changera et qu'ils auront un jour la capacité de surmonter n'importe quelle nouvelle difficulté.

Il faut savoir que 75 % des jeunes interrogés dans la capitale " émettent " une énergie plutôt négative (inquiétude, névrose, peur, tristesse, etc).

Ces résultats complètent le portrait d'une génération sacrifiée à la fin des années 80 et au cours des années 90, et qui apprend à nager en ce début de XXIe siècle alors que le pays prend l'eau de toutes parts....

Mis à part le Mouvement de Libération Nationale, qui a la capacité de rassembler en s'appuyant sur un programme cohérent de redressement national ?.

Nous connaissons la réponse !.

 


 

M MOHAMED ABDILLAHI