

23/10/04
- USA - Elections présidentielles,
l'enjeu est de remporter les Etats par grands électeurs interposés.
Les candidats
à la présidence accordent plus d'importance à certains États
qu'à d'autres car la Constitution des États-unis prévoit
un Collège électoral au lieu du suffrage universel direct.
Cet
article explique le fonctionnement de ce système, et le commentaire de
Charlie Cook porte sur les prévisions des résultats des élections
de cette année.
M.
Cook est directeur de la publication " Cook Political Report ".

Le
jour des élections, les Américains ne votent pas directement pour
un candidat à la présidence.
Sur
leurs bulletins de vote, ils choisissent certes le nom du
candidat qu'ils préfèrent mais, en réalité, ils
votent pour un groupe de grands électeurs qui se sont engagés
à élire le candidat en question au sein du Collège électoral,
l'organisme composé de représentants des États qui élit
en fait le président et le vice-président.
Créé
au tout début de la république, le
Collège électoral compte actuellement 538 membres.
Chaque
État est représenté par un nombre de grands électeurs
égal au nombre de sénateurs et de députés qui représentent
cet État au Congrès.
Le
District de Colombie (la ville de Washington), qui ne dispose au Congrès
d'aucun représentant doté du droit de vote, compte néanmoins
trois grands électeurs.

Le
candidat qui remporte la présidence est celui qui est élu à
la majorité absolue (au moins 270 voix) des grands électeurs.
Dans
ce système d'élection indirecte, il est possible de remporter la
présidence sans remporter le plus grand nombre de voix à l'échelle
nationale.
C'est
ce qui est arrivé le plus récemment en 2000, ainsi qu'à trois
reprises dans l'histoire des États-Unis. Ces anomalies se sont produites
car quasiment tous les États ont recours au système du " tout
ou rien ", selon lequel le candidat qui remporte le plus de voix dans
un État donné obtient les voix de tous les grands électeurs
de cet État au Collège électoral.
Les
États du Maine et du Nebraska sont les seules exceptions : deux grands
électeurs sont choisis en fonction du nombre de voix obtenues dans l'ensemble
de l'État et les autres sont élus en fonction du nombre de voix
obtenues dans chaque district parlementaire.
Les
partis politiques doivent donc considérer qu'une bataille électorale
distincte a lieu dans chaque État, puisque ce n'est pas le nombre total
de voix obtenues à l'échelle nationale qui compte ; c'est le nombre
de voix de grands électeurs qu'obtient un candidat qui détermine
s'il sera ou non le prochain occupant de la Maison-Blanche.
Les
candidats doivent mener non seulement une campagne nationale assortie de messages
diffusés par les médias nationaux, mais également des campagnes
plus ciblées à l'échelle des États, qui tiennent compte
des questions et des préoccupations locales et régionales.
De
par les caractéristiques démographiques ou économiques des
États, il est possible de prévoir le candidat ou le parti que choisiront
bon nombre d'entre eux.
On
a beaucoup parlé au cours des dernières années des États
" rouges " et des États " bleus ", c'est-à-dire
des États qui ont tendance à voter majoritairement républicain
(rouge) ou démocrate (bleu).
Les cartes faisant apparaître ces différences indiquent que la
plupart des États démocrates se situent le long des côtes
et la plupart des États républicains dans le sud et le centre du
pays.
Les
deux camps affectent donc alors une partie importante de leurs ressources aux
États dont les résultats sont trop difficiles à prévoir
- les États disputés ou hésitants.
Les
États disputés, dans lesquels les candidats ne sont départagés
que par quelques points de pourcentage, changent parfois d'une élection
à l'autre ou même au cours d'une campagne électorale.

En
2004, les experts s'accordent généralement à recenser 10
États disputés :
un
premier groupe constitué de la Floride, de l'Ohio et de la Pennsylvanie,
qui représentent en tout 68 voix de grands
électeurs,
et
un deuxième groupe composé de l'Iowa, du Minnesota, du New Hampshire,
du Nouveau-Mexique, de l'Orégon, de la Virginie-Occidentale et du Wisconsin,
qui représentent en tout 48 voix
de grands électeurs.
Ensemble,
ces 10 États représentent 116 des 270 voix de grands électeurs
qu'il faut remporter pour gagner.
Les
stratèges politiques doivent calculer combien de temps et d'argent un candidat
doit consacrer à un État donné en vue d'avoir les meilleures
chances de gagner.
Pendant
la campagne 2004, le président George Bush et le sénateur John Kerry
se sont rendus à de nombreuses reprises dans des États disputés
tels que la Pennsylvanie et l'Ohio.
En
plus des candidats eux-mêmes, leur colistier, des membres de leur famille
et d'autres représentants, par exemple des politiciens locaux appréciés
du public, ont fait des discours dans le cadre de la campagne dans ces divers
États.
Dans
une bataille électorale serrée, la participation des électeurs
est décisive.
Les
deux camps organisent donc de grandes campagnes de mobilisation des électeurs,
visant à identifier leurs partisans et à les convaincre soit d'aller
aux urnes le jour des élections soit de voter au préalable par procuration.
Les deux
partis ont également d'importants programmes d'inscription des électeurs
sur les listes électorales, particulièrement axés sur les
collectivités susceptibles de voter pour leur candidat.

L'influence
du Collège électoral
Commentaire
de Charlie Cook
Si
les États-Unis n'avaient qu'une seule grande élection nationale,
au terme de laquelle le candidat remportant le suffrage populaire serait élu
président, les candidats axeraient toute leur campagne sur les grandes
villes, sans mener de campagne véritablement nationale et en délaissant
complètement les petits États.
Le
système actuel a été mis en place de façon à
créer 51 courses distinctes à la présidence (dans 50 État
et le District de Colombie), les États disputés étant,
dans la campagne actuelle, aussi divers que le New Hampshire dans le Nord-Est,
le Nouveau-Mexique et le Nevada dans le Sud-Ouest et la Floride dans le Sud-Est
(ces trois États comptant tous parmi la population un nombre important
d'Hispaniques), des États industriels comme la Pennsylvanie et l'Ohio,
ainsi que des États plus diversifiés où une partie importante
de la main-d'uvre travaille dans l'agriculture, comme l'Iowa, le Minnesota
et le Wisconsin.
Ce
système oblige également les candidats à faire davantage
campagne " localement ", en se rendant dans des villes de relativement
petite taille, ce qui ne serait assurément pas le cas s'il n'y avait qu'une
grande élection nationale.
Ce
système empêche la campagne de n'être qu'un événement
télévisé et donne lieu à des échanges avec
les électeurs à l'échelle locale.
Le
système du Collège électoral n'est guère parfait et
a sans aucun doute des défauts, mais il s'explique par des raisons que
l'on peut aisément justifier.

Situation
actuelle
À
l'heure actuelle :
24
États, représentant en tout 208 grands électeurs, voteront
vraisemblablement ou assurément pour le président George Bush.
Il
s'agit des États suivants : Alabama (9), Alaska (3), Arizona (10), Arkansas
(6), Géorgie (15), Idaho (4), Indiana (11), Kansas (6), Kentucky (8), Louisiane
(9), Mississippi (6), Missouri (11), Montana (3), Nebraska (5), Caroline du Nord
(15), Dakota du Nord (3), Oklahoma (7), Caroline du Sud (8), Dakota du Sud (3),
Tennessee (11), Texas (34), Virginie (13), Utah (5) et Wyoming (3).
13
États reviendront probablement ou assurément au sénateur
John Kerry, ce qui représente en tout 179 voix de grands électeurs.
Il s'agit
des États suivants : Californie (55), Connecticut (7), le District de Colombie
(3), Delaware (3), Hawaï (4), Illinois (21), Maryland (10), Massachusetts
(12), New Jersey (15), New York (31), Rhode Island (4), Vermont (3) et Washington
(11).
3
États disposant en tout de 28 voix de grands électeurs penchent
actuellement pour Kerry :
Maine
(4), Michigan (17) et Orégon (7).

Sur
les 50 États et le District de Colombie participant aux élections
du 2 novembre, on dénombre 11 États, représentant 123 voix
de grands électeurs, dans lesquels l'écart entre les deux candidats
est si faible qu'il est très difficile de prévoir l'issue du scrutin.
Il
s'agit des États suivants :
Colorado
(9), Floride (27), Iowa (7), Minnesota (10), Nevada (5), New Hampshire (4), Nouveau-Mexique
(5), Ohio (20), Pennsylvanie (21), Virginie-Occidentale (5) et Wisconsin (10).
Pour
être élu au Collège électoral, et donc à la
présidence, un candidat doit obtenir en tout 270 voix de grands électeurs.
À
la veille du premier débat, M. Bush avait, d'après les principaux
sondages, de trois à huit points d'avance (vraisemblablement six points
d'avance) sur M. Kerry à l'échelle nationale, et quatre points d'avance
en moyenne dans les États où l'écart entre les deux est le
plus mince.
M.
Bush avait une très faible marge d'avance dans sept des huit États
où il est difficile de faire des prévisions.
À
la suite du premier débat, les deux candidats étaient, d'après
de nouveaux sondages, quasiment au coude à coude dans les statistiques,
aucun des deux n'ayant une nette avance sur l'autre.
