







23/10/04
- USA - Des citoyens des E.-U. et des pays islamiques
tentent d'apaiser les tensions.
Par
Phyllis McIntosh Correspondant du "Washington File"

Washington
- Par le truchement de débats publics et de vidéoconférences
entre des étudiants d'universités des Etats-Unis et de plusieurs
pays islamiques, un projet appelé "Hope not Hate" (l'espoir,
pas la haine), né dans la foulée de la tragédie du 11 septembre
2001, tente d'apaiser les tensions entre les Américains et les musulmans,
tant aux Etats-Unis qu'à l'étranger.
Cette
initiative a été lancée lors du deuxième anniversaire
des attentats du 11 septembre par "Americans for Informed Democracy",
une organisation qui s'attache à renforcer la prise de conscience des problèmes
mondiaux dans les universités. La première série de débats
publics, qui a eu lieu dans une dizaine de villes des Etats-Unis les 12 et 13
septembre 2003 et qui avait pour objet de réfléchir aux points communs
entre l'Amérique et le monde islamique, a attiré 1.500 citoyens,
responsables politiques, journalistes, officiers supérieurs de l'armée
et universitaires.
En
2004, le projet a pris de l'ampleur. Une série de 30 débats publics,
étalés sur un mois, a attiré 5.000 personnes. L'Association
des familles du 11 septembre et "The People Speak", une initiative de
promotion d'un débat public sur des questions de politique étrangère,
se sont associés à "Americans for Informed Democracy"
pour parrainer ces débats.
L'initiative
"Hope not Hate" s'est achevée par trois jours de vidéoconférences
entre jeunes étudiants de neuf universités du centre des Etats-Unis
- de la Géorgie au Dakota du Sud - et de neuf pays à majorité
islamique, à savoir l'Egypte, l'Indonésie, le Koweït, le Liban,
le Maroc, l'Ouganda, le Pakistan, le Sénégal et la Turquie.
"Cette
série sans précédent a deux objectifs", a expliqué
le directeur du projet "Hope not Hate", M. Akbar Ahmed, ancien ambassadeur
du Pakistan auprès du Royaume-Uni. "Premièrement, nous voulons
faciliter la compréhension entre les non-musulmans et les musulmans aux
Etats-Unis, et entre les Etats-Unis et le monde musulman."
L'intervention
des Etats-Unis en Irak et la lutte mondiale contre le terrorisme étaient
les principaux sujets d'une vidéoconférence organisée le
13 octobre et à laquelle ont participé 80 étudiants de l'université
du Texas à Austin (Texas), de l'université Emory à Atlanta
(Géorgie), de l'université de Dakar (Sénégal) et de
l'université de Kampala (Ouganda).
Les
étudiants américains ont exprimé de fortes opinions pour
ou contre la guerre en Irak alors que la plupart des Africains ont déclaré
s'opposer à cette guerre, faisant valoir que l'Amérique avait tort
d'agir unilatéralement et devrait, comme l'a dit un jeune homme, "commencer
à synchroniser ses actions avec le monde".
La
plupart des étudiants américains et africains se sont par contre
accordés à dire que l'éradication de la pauvreté et
de l'injustice dans le monde serait un outil bien plus efficace que les interventions
militaires dans la lutte contre le terrorisme.
"La
violence n'est pas une solution au terrorisme", a affirmé un étudiant
du Sénégal. "J'aimerais voir les Etats-Unis utiliser leur richesse
pour aider les peuples à s'améliorer eux-mêmes. Alors il y
aurait la paix."
Les
Africains ont également mis en garde contre la confusion entre musulmans
et Arabes et entre islam et terrorisme. "La solution consiste à vous
ouvrir à d'autres cultures", a conseillé un jeune Ougandais.
"Les jeunes Américains feraient bien de s'informer sur les cultures
étrangères."
Evoquant
l'impact du terrorisme, une étudiante d'Atlanta a déclaré
: "C'est la peur que je crains par-dessus tout. Nous devons être résolus
à ne pas laisser la haine façonner notre avenir."
"Le
plus grand ennemi de la paix n'est pas l'islam, mais le coeur des hommes",
a déclaré un étudiant ougandais. "Nous devrions tous
interroger nos coeurs, et alors il y aurait la paix dans le monde."
Lors
d'un débat public organisé à l'université de Georgetown
le 6 octobre, les participants ont discuté de la façon dont les
attaques du 11 septembre avaient changé la politique américaine
à l'égard des musulmans aux Etats-Unis et à l'étranger,
et ont demandé aux modérés du monde entier d'aider à
mettre un frein à l'animosité croissante entre l'Amérique
et le monde islamique.
"Dans
la réalité, les peuples du monde musulman et les Américains
ont plus de choses en commun que de différences", a déclaré
Samer Shehata, un chercheur temporairement détaché auprès
du Centre d'études arabes contemporaines de cette université.
"Chaque
fois que j'entends la question "Pourquoi nous haïssent-t-ils ?",
je ressens une sorte de révulsion, parce que cette question est fondamentalement
malavisée.
Certes
les habitants du Moyen-Orient déplorent nos politiques et ne respectent
pas forcément nos dirigeants, mais le mot "haine" est-il pour
autant approprié ? Et qu'en est-il du mot "ils" ? Allons-nous
mettre dans le même sac 280 millions d'habitants du monde arabe ou 1,2 milliard
de musulmans et affirmer qu'ils ressentent tous la même chose ? Le mot "nous"
est également problématique. Les musulmans haïssent peut-être
certains de nos dirigeants, mais pas vous ni moi."
Helen
Samhan, directrice générale de l'Arab American Institute, a parlé
de l'effet des attaques du 11 septembre sur les musulmans des Etats-Unis. Elle
a admis que la plupart des Américains avaient depuis longtemps une conception
négative des Arabes vivant en leur sein, "alors il n'est pas étonnant
que ces stéréotypes se soient révélés au grand
jour".
Selon
elle, la réaction aux attaques terroristes s'est déroulée
en trois phases : immédiatement après les attentats, c'est une réaction
à chaud de "chasse à l'homme", durant laquelle les gens
perçus comme étant musulmans ont été harcelés
ou attaqués, qui a dominé ; ensuite est venue une phase de harcèlement
durant laquelle il s'agissait de "tenir les musulmans à l'il",
notamment sur les lieux de travail ; enfin on est arrivé à la phase
"la plus pénible", durant laquelle les personnes et organisations
musulmanes sont soumises à diverses formes de profilage racial.
"En
notre qualité de défenseurs des Américains d'origine arabe,
nous craignons que cette réaction brutale n'ait affecté le débat
culturel et politique dans ce pays et que l'on ait maintenant licence de proférer
des propos anti-islamiques."
Nikki
Stern, qui a perdu son mari dans les attaques du 11 septembre et qui est maintenant
la directrice générale de l'Association des familles du 11 septembre,
a déclaré qu'elle n'avait jamais autorisé quiconque à
se servir de la mort de son mari comme excuse pour propager les préjugés
et l'intolérance.
Appelant
à la modération, elle a fait une analogie avec un pont : "Structurellement,
un pont est plus solide à ses extrémités qu'en son milieu,
où il est suspendu. Parce que c'est à cet endroit qu'il est le plus
vulnérable, c'est là qu'il faut le renforcer. A une époque
où il semble que le dialogue ait cédé le pas à la
diatribe et que la raison ait été étouffée par la
rancoeur aux deux extrémités du pont, nous devons le renforcer en
son centre par des discussions éclairées et une compréhension
empreinte de compassion.".

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