L'ACTUALITÉ
Dernière modification : le 17-Nov-2004 2:41 (GMT+1 / Bruxelles)

 

 

 

 

17/11/04 - DJIBOUTI - Le Mouvement Djiboutien de Libération Nationale a pris acte de l'enfermement dans lequel le pouvoir actuel se conforte et prend donc en conséquence et dès à présent toutes les dispositions nécessaires en vue de restaurer la République et l'État de droit dans notre pays.

Kenneth Arrow, co-prix Nobel d'économie, a démontré - avec le paradoxe et d'autres considérations logiques - qu'un système électoral parfaitement démocratique est en principe impossible.

Certes, nul ne peut contester le fait que cette notion du " parfait " et tout à fait subjective : ce "parfait" ne saurait exister en chaque chose car de plus ce qui l'est pour l'un pourrait ne pas l'être pour l'autre mais comme si ceci était indéniablement hélas une forme de " règle de fonctionnement de la politique locale ", force est de constater que des élections un tant soit peu démocratiques sont impossibles dans le contexte actuel à Djibouti.

Sauf à cautionner - une fois encore - toutes les falsifications d'avant, pendant et d'après scrutin en modifiant les résultats comme cela s'est fait en avril 1999, c'est l'analyse de cette impossibilité d'élections libres que fait chacun, particulièrement tous les représentants de l'opposition et de la société civile.

Contester cela dans la rue lors d'une manifestation pacifique entraînerait une vive réaction émanant de quelques forces mercenaires du pouvoir actuel avec le risque que n'émergent des violences avec toutes les conséquences que cela comporterait car le pouvoir montrerait une fois encore son vrai visage à cette occasion tout en faisant taire SA presse sur le sujet.

La démocratie a un autre visage que celui que l'État djiboutien actuel montre à l'opinion internationale.

La démocratie moderne prescrit à la fois la libre expression des citoyens, des médias et des partis ; le véritable pluralisme politique ainsi que - bien souvent - le principe majoritaire qui suppose l'implication du peuple souverain dans la désignation des gouvernants.

Dans la réalité, la participation des citoyens dans la prise des décisions varie selon la nature de la démocratie.

Tout comme les types de suffrage et les modes de scrutins impriment de multiples nuances dans la modulation des représentativités respectives des partis en lice.

Des normes internationales en matière d'élections démocratiques existent, elles sont approuvées par la majorité des pays de ce monde.

Dans sa jeune histoire, les gouvernants que se sont succédés à la tête de notre pays ont signé tous ces Accords internationaux ayant force de lois nationales ce qui n'empêche pas - depuis 1999 - le tandem " Ismaïl OMAR GUELLEH - Kadra MAHAMOUD HAÏD " et consorts d'étouffer l'émergence d'une amorce de démocratie par des manœuvres qui violent ces normes internationales comme la Constitution qui est reléguée aux oubliettes..

Djibouti - Des esclaves modernes qui en sont réduits à ne pas pouvoir faire respecter leurs droits d'électeurs en exprimant leurs choix car les élections sont falsifiées.

Dans la société athénienne du cinquième siècle avant notre ère qui a inventé le mot (demos : peuple ; kratos : pouvoir - d'où dèmokratia ), près de la moitié des gens étaient des esclaves qui, n'étant pas des sujets de droit, ne pouvaient nullement prétendre participer aux affaires de la cité (polis).

De la sorte, l'égalité de tous devant les lois (isonomia), corollaire indispensable de la démocratie n'avait qu'un sens restrictif. Et dans la démocratie moderne on a pu distinguer les démocraties populaires à dominance mono-partisane, nées des révolutions socialistes du 20è siècle et aujourd'hui en perte de vitesse ; et les démocraties pluralistes apparues en occident dans la deuxième moitié du 19è siècle.

Aujourd'hui la tendance générale est à la démocratie pluraliste, au cœur d'une culture des droits de l'Homme qui bannit l'esclavage et les discriminations fondées sur la naissance, l'origine, la race ou l'ethnie, la tribu, le sexe, la religion, la conviction philosophique etc.

Regardons notre pays et ses populations ; hommes et femmes ne sommes-nous pas devenus en 5 années des esclaves modernes et ce de par la volonté de quelques-uns ?.

Quel type de suffrage et quel cadre juridique ?

La désignation des dirigeants est sans nul doute l'un des facteurs clés de la démocratie représentative.

On appelle suffrage le fait pour le peuple d'exprimer librement sa volonté, son choix, sa préférence. Se posent alors les questions suivantes : qui peut élire, comment s'exprime son vote : directement ou indirectement ? Est-il tenu de voter ? Sa voix équivaut-elle à toute autre ?

Selon le cas on aura donc un suffrage sélectif où les électeurs sont retenus à partir de critères précis (fortune, impôt particulier, statut spécial), un suffrage universel où tous les citoyens sous conditions minimales (âge, santé mentale, jouissance de ses droits civiques, nationalité) peuvent voter.

La préparation aux simulacres d'Élections présidentielles d'avril - mai 2005 - dont on est fondé à affirmer qu'elles seront repoussées suppose l'établissement avant le scrutin d'un "environnement sécuritaire".

Loin de cela, cet environnement sécuritaire respectant les droits de la véritable opposition n'a jamais été instauré lors des élections de 1999 et ne le sera pas, d'autant plus que le régime est acculé à la faillite économique, sociale et politique et que - de ce fait - il a fait le choix d'une forme de " fuite en avant " en promettant tout et n'importe quoi pour l'après mai 2005 et qu'afin de sauver les apparences en trompant les "bailleurs de fonds" il investit des sommes faramineuses dans sa propagande outrancière tant elle est falsificatrice de la situation dans le pays.

Normes internationales en matière d'élections

Des instruments juridiques internationaux permettent en effet d'encadrer les élections démocratiques.

Parmi eux, citons la Déclaration Universelle des Droits de l'homme du 10 décembre 1948 dans son article 21 :

" 1) Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l'intermédiaire de représentants librement choisis.

2)Toute personne a droit à accéder, dans des conditions d'égalité, aux fonctions publiques de son pays.

3) La volonté du peuple est le fondement de l'autorité des pouvoirs publics ; cette volonté doit s'exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement, au suffrage universel égal et au vote secret ou suivant une procédure équivalente assurant la liberté du vote. " .

Ainsi donc, des élections réellement démocratiques doivent être libres, honnêtes, authentiques et périodiques.

Les élections libres sont caractérisées par un ensemble d'indicateurs concrets, manifestant l'expression de la volonté politique du peuple.

Pour être libres, les élections doivent se dérouler sans pression ni intimidation ; en l'absence de toute peur quant aux éventuelles représailles suite à son choix.

Le caractère secret du scrutin concourt à préserver cette liberté. De plus, un certain nombre de droits fondamentaux doivent être garantis : liberté d'opinion, d'expression, de réunion et de manifestation pacifique, liberté d'association .

Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, en son article 19 stipule que :

" Nul ne peut être inquiété pour ses opinions. Toute personne a droit à la liberté d'expression ; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontière, sous forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix. "

La liberté d'opinion va de pair avec celle d'information et d'expression.
L'opinion des électeurs doit être éclairée de façon plurielle.

Participent également à ce travail d'information les réunions, meetings et manifestations de toute sorte.

L'article 21 du Pacte cité stipule que :

" Le droit de réunion pacifique est reconnu. ", tandis que l'article 22 affirme que :

" Toute personne a le droit de s'associer librement avec d'autres, y compris le droit de constituer des syndicats et d'y adhérer pour la protection de ses intérêts.

" Le pacte précise que toute restriction à ces libertés doit être prévue par la loi et motivée par la nécessité de garantir les droits d'autrui, l'ordre public, la sûreté nationale, la santé et la moralité publiques.

Des élections libres requièrent également un système judiciaire neutre et indépendant.

Les indices d'une justice indépendante sont entre autres la consécration par la constitution ou une loi de l'indépendance de la magistrature, l'irrévocabilité des décisions judiciaires ultimes, l'absence de pression, de corruption, d'ingérence à l'égard de la magistrature, la latitude exclusive de la magistrature à déterminer les compétences décisionnelles en matière de justice ; la possession de moyens et ressources suffisants pour un fonctionnement correct de la justice.

Pièges contre la démocratie à Djibouti

De la nomenklatura djiboutienne baignant dans les mêmes valeurs que celles appliquées par Fidel Castro à La Havane, on peut dire sans jouer sur les mots qu'elle avance toujours vers le passé.

Le paradoxe est qu'elle reconnaît du bout des lèvres les principes universels de la démocratie pour ensuite les contredire et les violer systématiquement.

Ainsi tout en intégrant à la constitution de la République de Djibouti les instruments internationaux comme la Déclaration universelle des droits de l'homme et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques etc. , le pouvoir actuel y transforme selon son bon vouloir des dispositions qui portent gravement atteinte à des principes majeurs tels que la volonté du peuple comme fondement de l'autorité, le principe majoritaire, la non discrimination et l'égalité.

C'est ainsi que le pays est gouverné en dehors de toute norme démocratique

Parce qu'il viole le principe de l'égalité des citoyens,

par ce qu'il consacre un bicéphalisme indu et bien plus affairiste que républicain avec une limitation absurde des prérogatives des autres institutions telles que l'Assemblée Nationale issues non des suffrages mais de la désignation arbitraire des députés dans des Élections falsifiées,

parce qu'il cristallise la dichotomie ethnique en choisissant des " brigands " parmi les tribus pour en faire des " barons" du vol et de tous les trafics,

l'État djiboutien sous sa forme actuelle est un danger grave pour la démocratie et doit être " relevé du commandement " du pays dans lequel il s'est autoproclamé en avril 1999.

Conclusion

Plus de 5 années après des Élections présidentielles falsifiées et les promesses non tenues,

Plus de 5 années de dégradations de l'État et de son autorité, de toutes ses administrations et du service public avec de plus un système de Santé et Éducatif qui en sont réduits à la mendicité...

Plus de 5 années durant lesquelles le patrimoine national a été dilapidé, les caisses des Finances publiques vidées épisodiquement de leur contenu comme de la grande majorité des Aides internationales alors que la crise économique et sociale avec une augmentation de plus de 30 % des tarifs des denrées essentielles en un an dévaste les familles et laisse de surcroît nos frères et nos soeurs dans la rue, voués au chômage ou à l'exil,

Plus de 5 années avec l'émergence des " Affaires " qui se succèdent sans que ce qui fait office de Justice ne murmure,

le désaccord s'est aggravé quant à l'impérative nécessité de rendre la parole au peuple.

La question des élections - stratégique pour une démocratie - requiert un consensus suffisant alors qu'Ismaïl OMAR GUELLEH semble déterminé à se maintenir dans une politique sans issue ; celle de l'exclusion et de l'entêtement, celle de l'hypocrisie sur l'emploi, celle de tous les mensonges travestis, celle de la dictature travestie en République.

Les autorités actuelles persistent à ignorer les revendications légitimes des familles djiboutiennes - y compris celles que l'on a forcé à l'Exil - et tentent de nous inviter à une nouvelle mascarade pour des Élections présidentielles en 2005 dont les résultats seront manipulés car pilotés du Palais d'Haramous comme cela se fit au soir du 10 janvier 2003 pour des simulacres de Législatives.

Nous avions proposé concertation et dialogue, il nous a été répondu par la violence

Constatant une recrudescence des mécontentements qui touchent tous les secteurs de la fonction publique, toutes les couches de la Société djiboutienne et tout particulièrement les adultes et notre jeunesse sans emploi, nous avions proposé au pouvoir actuel une période de réflexion en faveur de l'instauration d'un dialogue et d'une concertation ; M Ismaïl OMAR GUELLEH nous a envoyé quelques sbires et soudards pour tenter de nous éliminer physiquement et ce comme seule réponse à nos propositions.

L'heure de la discussion et des vaines palabres - servant au régime actuel à temporiser - étant closes.

Le Mouvement Djiboutien de Libération Nationale a pris acte de cet enfermement dans lequel le pouvoir actuel se conforte et prend dès à présent toutes les dispositions nécessaires en vue de restaurer dans les meilleurs délais la République et l'État de droit dans notre pays.

Le Général de Division (à titre temporaire)
M ALI ABDILLAHI IFTIN

Commandant le Mouvement Djiboutien
de Libération Nationale