L'ACTUALITÉ
Dernière modification : le 05-Nov-2003 13:13 (GMT+1 / Bruxelles)

 

 

Lettre au Père Noël français et à la mère Noël

75000 - Paris. France

 

Les Djiboutiens et les Djiboutiennes les plus humbles ont décidé de rompre l'obligation de silence qui leur est imposée, par toutes contraintes allant jusqu'à l'usage de la force dans leur pays, pour adresser la présente lettre au Père Noël français ainsi qu'à la mère Noël en espérant que ces écrits leur parviendront et les feront réfléchir quant aux cadeaux - sous quelque forme que ce soit - qu'ils seraient en mesure d'offrir aux populations djiboutiennes et spécifiquement à sa jeunesse et à ses enfants à l'occasion des fêtes de fin d'année.

Adresser une telle lettre en début du mois de novembre et en perspective des fêtes de Noël qui se dérouleront dans plus d'un mois c'est un peu tôt mais on sait le couple " Père et Mère Noël " très occupé en cette période de fêtes qui va débuter.

Pour ce qui nous concerne, nous observons depuis des mois une prolifération des actes interventionnistes de la France - en nature, de coopération et d'ordres financiers - censés être au profit de toutes les populations djiboutiennes sans exception d'aucune sorte.

  • Le protocole de partenariat passé entre l'Académie d'Amiens et le Ministère djiboutien de l'Education nationale et signé récemment - constitue pour toutes les populations djiboutiennes un apport important en matière d'élargissement de possibilités d'Education, de contrôle de maintien à niveau et d'acquisition de connaissances et par conséquent il est à considérer comme étant une excellente initiative dont chacun doit se satisfaire et encourager.

Cette satisfaction ne saurait être effective qu'à la condition et une fois encore que toutes les couches sociales djiboutiennes n'en soient pas écartées et que - dans la pratique - l'appui et le soutien à l'animation de la vie scolaire et universitaire bénéficie à tous et non à quelques uns et quelques unes, issus des familles aisées ; intelligentsia locale et limitative dans le pays.

Il en va de même des conditions d'attributions des bourses estudiantines attribuées à la République de Djibouti et qui - jusqu'à ce jour - furent regroupées pour servir quasi exclusivement à environ 2 % des familles djiboutiennes - et par une logique localement appliquée mais qui ne s'inspire d'aucune équité - qu'aux familles djiboutiennes aisées et qui en ont le moins le besoin.

Les étudiants - issus des classes moyennes ou défavorisées n'ont comme seule alternative - dans la mesure où ils ne soutiennent pas politiquement le gouvernement dirigé par M Ismaël Omar Guelleh - que de quitter le pays pour s'exiler et tenter dans un pays d'accueil d'y poursuivre leurs études tout en essayant de trouver de " petits emplois ponctuels " - ce qui n'est guère facile - pour financer leurs études et survivre très souvent dans des conditions extrêmement difficiles.

Il est à noter que les échecs subis sont la conséquence de divers facteurs au premier rang desquels se situe indubitablement l'impréparation accumulée en amont par un manque flagrant de moyens d'enseignement et pédagogiques mis à la disposition de nos enseignants à Djibouti.

A ceci s'ajoutent les conditions d'existence des étudiants - ayant fui le pays sans perspective d'aides par l'octroi de bourses - pour rejoindre le grand inconnu qu'est le pays d'accueil.

De part son éducation et sa culture, l'étudiant Djiboutien reste très attaché à sa famille et aux liens qu'il entretient avec elle ; les nouvelles alarmantes qui lui parviennent, voire les pressions exercées sur sa famille demeurant à Djibouti sont autant de perturbations qui ne favorisent en rien la poursuite de ses études en dehors du pays et dans de bonnes conditions.

La quasi-totalité de ces Djiboutiens et de ces Djiboutiennes, ne reviennent pas dans notre pays lorsqu'ils et elles ont terminé leurs études qu'ils ont auto financées à l'étranger car - de par leurs origines sociales ou claniques et malgré les savoirs et les savoirs faire acquis, les compétences démontrées - nul emploi ne peut leur être octroyé dans l'administration à Djibouti comme au sein des entreprises d'un secteur privé monopolisé par une nomenklatura locale qui embauche en premier lieu et quasi exclusivement les " enfants du pouvoir " et de ses "serviteurs".

Sur le fond comme sur la forme, ces exclusions constituent un déficit grave et inadmissible car nous privant de tous les futurs cadres et employés dont le pays a nécessairement le besoin dans tous les secteurs d'activités existants mais aussi et surtout dans ceux qui restent à créer car les compétences et les expériences professionnelles- acquises et vécues ailleurs - sont autant de possibilités offertes dont le pays se prive pour élargir le champ des activités privées à Djibouti, donc là encore des possibilités supplémentaires qui seraient offertes de créer ainsi des emplois nouveaux dans des secteurs inédits et novateurs.

Le cadeau qui pourrait être offert aux enfants des couches sociales moyennes et défavorisées à Djibouti pour ces fêtes de fin d'année consisterait en une meilleure répartition des aides financières octroyées au titre de l'Education et de la Formation professionnelle avec un accent marqué en faveur d'une amélioration notable du taux d'alphabétisation - notamment dans l'arrière pays - mais aussi d'imposer une meilleure péréquation au niveau des enveloppes financières attribuées en matière d'éducation et de formation professionnelle au profit de toutes les couches sociales djiboutiennes - sans distinction ethnique, tribale ou de clan - et non au bénéfice d'une infime minorité.

  • Le second cadeau concernerait globalement l'amélioration de toutes les conditions d'existence des classes moyennes djiboutiennes et celles des plus défavorisées.

La situation d'aggravation de la paupérisation comme celle du chômage endémique laissent peu d'espoir à notre jeunesse dans un avenir qui s'assombrit un peu plus chaque mois de par les conséquences sur l'emploi d'engagements non tenus de l'Etat actuel.

Jeunesse qui - dès lors qu'elle a quitté le cycle scolaire du premier degré - se retrouve dans une proportion de 90 % livrée à elle-même dans les rues de la capitale.

Les rues de toutes les tentations par la drogue, celles de tous les excès, celles de la prostitution comme seul moyen de survie pour bon nombre de jeunes femmes des milieux défavorisés pour tenter de survivre bien plus que d'exister, quitte à perdre toute dignité à défaut d'amour propre.

La prostitution sauvage - constituant l'un des grands vecteurs de propagation des Infections Sexuellement Transmissibles(IST) allant jusqu'aux ravages du SIDA dont on travestit la réalité catastrophique dans notre pays - n'est pas un choix de vie mais une contrainte pour tenter de survivre ; facteur aggravant la condition féminine qui est en opposition avec les valeurs de laïcité comme celles qui prévalent dans nos saints principes religieux qui placent la famille, la femme et l'enfant au dessus des perversités de ce monde.

Globalement, c'est tout à la fois un profond changement des pratiques locales qu'il convient de remettre en cause en privilégiant une relance de l'économie par l'introduction d'un volume important d'investissements privés conditionnant ainsi une indispensable et urgente relance de l'emploi.

Par ignorance des réalités et par ce qu'il ne sait fonctionner que par l'assistanat en provenance de l'extérieur au pays et par la mendicité, le gouvernement a créé au fil des années toutes ces conditions d'aggravations des situations de déresponsabilisations les plus diverses conduisant à l'aggravation de toutes les misères supportées exclusivement par les couches sociales moyennes et les plus défavorisées.

Il est grand temps de mettre un terme à la " prime à l'incompétence " en octroyant - sans obligation de résultats - des aides internationales qui trop souvent sont, de plus, détournées dans leur quasi-totalité de leurs objectifs initiaux et ne servent en rien ou si peu aux intérêts et en faveur des populations de notre pays.

" Offre un poisson à ton frère, il vivra un jour.
Apprends lui à pêcher, avec sa famille ils vivront une éternité … ".

  • Le troisième cadeau que nous souhaiterions recevoir en ces fêtes de fin d'année concerne une intervention efficace mettant un terme à tous les odieux trafics d'enfants qui perdurent à partir de l'aéroport international de Djibouti vers les pays de l'Europe et du continent nord américain.

Ce sont nos sœurs, nos frères, les enfants dont il est fait ouvertement et impunément odieux trafic.

Une visite à l'aéroport international de Djibouti lors de l'embarquement des passagers et des accompagnatrices d'enfants au départ de certains vols à destination de la France est édifiante sur la méthode appliquée dans ce domaine.

Si ces trafics perdurent - bien qu'il ait été procédé récemment à des arrestations de sous-fifres impliquées au Royaume Uni et au Canada dans ces réseaux - nous observons que l'organisatrice de tous ces trafics d'enfants - qui n'ont qu'un but bassement mercantile et ne dénotent certes pas un soucis de permettre à des enfants d'avoir un mieux vivre auprès de familles étrangères d'adoption - est connue de tous et de toutes à Djibouti.

L'épouse de M Ismaël Omar Guelleh est la principale responsable et organisatrice des trafics d'enfants mais le " diplomatiquement correct " et bien qu'elle bénéficie de la double nationalité de Djiboutienne et de Française lui permettent de disposer librement de la vie des enfants sans se soucier de ce que sera leur vie à des milliers de kilomètres de leur terre natale.

- Comment une femme peut-elle se livrer à un tel odieux trafic qui constitue un véritable crime contre sa propre nature de mère et contre l'humanité ?.

- Comment l'épouse d'un supposé président et " première dame d'un pays" peut faire commerce de la vie et de l'avenir d'un enfant ?.

Les enfants de réfugiés, souvent séparés de leurs familles, sont vulnérables à l'exploitation, à l'abus sexuel, ou à la violence domestique - ironiquement - sous la tutelle de l'Etat djiboutien et de sa Justice qui cautionnent cet odieux commerce et qui se taisent.....

Novembre 1999 marqua le dixième anniversaire de la Convention sur les droits de l'enfance, créant une étape importante pour les droits des enfants : ce fut le traité le plus largement ratifié dans le monde, y compris par la République de Djibouti.

Dans sa Résolution 2003/85, gardant à l'esprit les résolutions consacrées aux droits de l'enfant, la Commission des droits de l'homme demandait la libération immédiate et sans condition de tous les enfants enlevés, ainsi que leur retour, sains et saufs, dans leur famille et leur communauté.

En quelques années, la vente du corps d'êtres humains, combinée avec celle de la drogue et des armes, a pris la dimension d'un trafic international alors que l'offre augmentant avec la demande, les réseaux déplacent désormais leurs victimes comme des marchandises comme c'est le cas à Djibouti depuis des dizaines d'années alors que lesdits trafics s'effectuent ouvertement et très majoritairement depuis quelques mois sous l'immunité que procure l'usage de passeports diplomatiques.

Il convient de préciser que plus de 30 % des passagers de la société de transport DAALLO Sarl sont porteurs d'un passeport diplomatique protégeant cette ignoble activité de trafics d'enfants comme bien d'autres trafics illicites.

Malgré toutes les preuves accumulées spécifiquement sur ce trafic d'enfants à partir de Djibouti - et bien que connu - pourquoi le pays des Droits de l'Homme n'intervient-il pas pour y mettre fin ?.

Pour conclure, je vous remercie par avance " Cher Pére Noël Français et Mère Noël" de l'attention - ne serait- ce que quelques secondes- que vous ne manquerez pas de porter au contenu de cette lettre.

J'ajoute à ceci que contrairement à d'autres qui se sont vus attribuer récemment et à Paris la Légion d'Honneur, nous sommes les enfants ou les petits enfants de ceux qui ont versé en temps passé leur sang pour la France, leur seconde patrie.

Leurs décorations acquises chêrement - souvent au feu et sur le front des troupes par ces ancêtres des "Bataillons Somalis" - ont pour nous un sens profond qu'aucune décoration attribuée pour faits caractérisés de despotisme ne saurait avoir en aucun moment.

Du pays des Droits de l'Homme, de la patrie de Victor Hugo, de celle de Montesquieu et de Ronsard, les enfants des "Français par le sang versé" comme ceux qui furent et sont encore formés à "l'Ecole de la France" composant les classes moyennes et les plus défavorisées de notre Nation - sans distinction aucune d'appartenance tribale ou ethnique - ont droit à autre chose qu'à l'ignorance dans laquelle ils sont tenus.

 

Un Djiboutien qui croit au Père Noël.

 

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