05/11/03
- Kenya et corruption - Le président kenyan, M Mwaï Kibaki
- intensifie son offensive d'envergure dans la chasse à la
corruption et fixe un calendrier d'actions à mener.
Par Bouh Warsama.
La corruption
est devenue un sujet de société récurant dans
la quasi totalité des pays de la planète, y compris
dans les pays démocratiques et dits développés.
Le moins que
l'on puisse dire, c'est que l'initiative du président du Kenya
- qui est de faire de la lutte contre toutes
les corruptions dans son pays l'un des grands objectifs de son gouvernement
ne se limite pas à des mots mais à des
actes forts qui démontrent sa volonté de respecter les
engagements qu'il a pris dans ce domaine vis-à-vis des populations.
Ses engagements
s'étendent aussi vis à vis des institutions internationales
qui doivent lui maintenir leur confiance car chacun sait que la procédure
de redressement pour placer le Kenya sur le chemin du progrès
social et économique passe obligatoirement
par la lutte contre la corruption.
Les corrompus
et les corrupteurs se gardent bien de faire la publicité de
leurs actes et de leurs profits, mais on a le sentiment qu'ils ne
s'attendaient pas à ce que le nouvel Etat kenyan - sous la
houlette de M Mwaï Kibaki - fasse preuve d'une telle détermination
pour aller les chercher - un à un - dans la responsabilité
de leurs actes de corruptions et qu'il les oblige - de plus et aujourd'hui
- à rendre à l'Etat kenyan l'argent qu'ils auraient
détourné et qu'ils soient aussi dans l'obligation de
justifier l'origine de leurs fortunes personnelles.
Attendons-nous
à l'émergence de procès exemplaires et dissuasifs
pour l'avenir car M Mwaï Kibaki a lancé une longue croisade
anti-corruption et ne s'arrêtera pas là
.; il sait
parfaitement que les enjeux sont trop importants pour l'avenir de
son pays et des kenyans.
Ceci démontre
tant au niveau national (partis politiques ou ONG) que régionale
(UE, OUA, OAS, ASEAN) qu'au niveau international (OCDE, ONU, BM, FMI,
PNUD,) que la lutte anti-corruption
peut et doit être avant tout une volonté de politique
nationale, telle que le démontre M Mwaï Kibaki, et que
cette lutte a gagné son statut de programme gouvernemental
essentiel au bon développement de l'ordre économique,
social et politique.
Statut
de programme gouvernemental essentiel dont le gouvernement djiboutien
actuel devrait largement s'inspirer, s'il souhaite obtenir une crédibilté
qu'il n'a plus sur le plan national et international.
- Le
Kenya face à la Corruption.
Ces dernières
années, le sentiment que la corruption avait augmenté
s'est développé au sein de larges fractions de la société
kenyane, entraînant tout à la fois
une demande de moralisation et de justice de l'Etat avec le besoin
d'amélioration de la crédibilité des engagements
des acteurs publics.
- La
Corruption - gangrène ou stratégie liée à
l'économie de marchés ?.
La corruption
intéresse tous les analystes qui ont en charge le développement
d'un pays - au Kenya comme ailleurs - car se
pose inévitablement le phénomène de la modernisation
politique, économique et sociale des Etats du Tiers monde dans
les meilleures conditions possibles.
- La
Corruption - Controverse entre les fonctionnalistes libéraux
et les structuralistes.
Les premiers
voient dans la corruption une stratégie de contournement des
obstacles politiques - étatiques et un accélérateur
certes amoral mais efficace des transitions souhaitables vers des
économies de marché démocratiques alors que les
seconds préservent les intérêts des victimes de
ce système informel et prônent la construction d'un Etat
fort avec le désir d'améliorer la productivité
de ses prêts afin d'éviter une augmentation de la fatigue
vis-à-vis des aides internationales.
- La
Corruption - Trois questions se posent.
-
1 - Quelles
sont les causes de la corruption ?.
-
2 - Quelles
en sont ses conséquences ?.
-
3 - Comment
peut-on lutter contre ce phénomène dont les conséquences
sont négatives - qu'on l'admette ou pas car - sur
le fond - la corruption est une atteinte aux libertés,
à l'équité et au respect de la Justice.
Chacun se doit
de mener une réflexion profonde et objective sur ces trois
points.
- La
corruption et ses effets sur la société.
Pour autant
que les analyses soient sérieusement menées, elles démontrent
presque toutes les effets désastreux de la corruption :
-
1
- La Corruption entraîne une forte
baisse des investissements, de
la croissance et l'augmentation de l'insécurité
de l'environnement économique. Ceci signifie que
les investisseurs - notamment étrangers - sont frileux
face à la corruption et le sont d'autant plus lorsqu'elle
est encouragée et couverte par l'Etat comme c'est le
cas actuellement à Djibouti.
-
2
- La Corruption c'est l'altération
des processus judiciaires. Là encore on
saisit l'importance que peut avoir une Justice indépendante
du pouvoir politique qui agit sereinement dans le cadre des
Lois dont elle a la charge de faire appliquer et respecter.
-
3
- La Corruption
c'est indéniablement le renforcement de toutes les inégalités
sociales, économiques et politique, l'augmentation
de la pauvreté par un accès aux services publics
vendu aux plus offrants,
-
4
- La Corruption
c'est l'accroissement des déficits publics à la
suite des détournements de fonds publics, de
l'évasion fiscale et de la distorsion des dépenses
en faveur des programmes offrant le plus de " pots-de-vin
",
-
5
- La Corruption
c'est l'inégalité de traitement des dossiers des
postulants à l'emploi dans la fonction publique.
Les critères d'embauche étant de favoriser les
enfants des " serviteurs de l'Etat " au détriment
des jeunes diplômés moins fortunés et ne
se soumettant pas aux perspectives de rackets qu'on leur impose
par des prélèvements mensuels injustifiés
sur leurs salaires.
-
6
- La Corruption
découle de l'irresponsabilité générale
des organes de contrôle. Non-respect
de l'environnement et des règles d'urbanisation, protection
des organisations criminelles de type " mafia locale "
et nomenklatura dans la monopolisation des secteurs d'activités
privés.
En entrant
dans le champ d'action des institutions, la
Corruption devient la mère de tous les maux et aggrave
pour le grand public le statut de " l'illégalité
légitimée " comme c'est le cas à Djibouti
actuellement.
A titre d'exemple,
tous les actes de Justice deviennent sujet à caution quand
bien même seraient-ils justes et équitables. Ce n'est
plus une Justice corrompue qui est mise en accusation dans l'esprit
des usagers mais toute la Justice, y compris celle qui se veut équitable
et faisant appliquer les lois avec le soucis de transparence quant
au conternu de ses attendus.
Or
avec la Corruption il n'y a pas de Justice libre, et sans la Justice
il n'y a pas d'Etat !. La démonstration est indubitablement
exacte..
Ceci confirme
que la démocratisation, offrant au minimum la liberté
d'expression, permet la diffusion nationale et internationale de cette
perception de la Corruption comme de la Justice et incite donc à
l'émergence d'un Etat de droit.
- Le
nouvel Etat du Kenya face à la Corruption.
Le Président
Mwai Kibaki a officiellement ouvert lundi - à Nairobi - la
première conférence régionale du réseau
africain de parlementaires de lutte contre la corruption.
Il
a déclaré que son gouvernement s'était engagé
sur le plus grand processus de réformes juridiques dans l'histoire
du Commonwealth tout en précisant avec fermeté
que la date limite de déclaration
des richesses personnelles a été reportée à
mi novembre 2003.
Ce faisant,
il a lancé un avertissement solennel en annonçant que
ceux qui ne respecteraient pas cette date limite
seraient sanctionnés sur le plan administratif mais aussi seront
traduits devant les tribunaux chargés de lutter contre la corruption
au niveau des administrations du Kenya.
En
agissant ainsi, le président Mwaï Kibaki, vient d'ouvrir
la porte à la lutte anti-corruption sur le plan international.
Cette lutte
devrait entrer ainsi dans l'agenda incontournable des hommes politiques
en quête d'une légitimation ou bien comme une arme stratégique
utilisée dans la concurrence que se livre les partis politiques
ou des fractions de la société.
Quoi qu'il
en soit, la lutte contre la corruption lancée par le président
du Kenya a le mérite d'être claire et courageuse, elle
confirme ainsi sa volonté de respecter tous les engagements
qu'il a pris dans ce domaine vis-à-vis des populations du Kenya
et des instances internationales.
Son
but est de renforcer la responsabilité des serviteurs de l'Etat,
à tous les niveaux de la hiérarchie ;
il le fera et ses éventuels détracteurs
n'ont qu'à .... bien se tenir.
Bouh
Warsama.