"
C'est nous les marocains du 8ème Régiment

Résumé de l'Historique
du 8ème Régiment de Tirailleurs Marocains
Le 8ème Régiment de Tirailleurs Marocains, créé
en 1927 à FEZ (Maroc), participe aux opérations de "
pacification " des confins du Tafilalet et du Haut Atlas.
Transféré
en France en 1934, il tient d'abord garnison à AUCH et à
AGEN puis à BELFORT et à LONS LE SAULNIER dans le JURA.
Le 8ème
Régiment de Tirailleurs Marocains passe l'hiver 1939 - 1940
en Alsace avec la 13ème Division d'Infanterie (13ème
DIM).
En mai et Juin 1940, les Tirailleurs se distinguent sur la SOMME et
sur l'OISE lors de durs combats retardant l'avancée des troupes
allemandes sur leur secteur.
C'est
en cette position, en pleine campagne, que 3 jours de répit
permettent au Régiment d'aménager succinctement ses
défenses pour recevoir ensuite la ruée des unités
allemandes débouchant d'Amiens.
Le 2ème
Bataillon, après une résistance acharnée et des
pertes considérables, sera submergé dans SEUX en se
sacrifiant pour permettre le repli de la Division.
Deux
jours d'âpres combats, des moyens en hommes et en matériels
dérisoires comparativement à ceux dont disposent les
unités allemandes, les 5 et 6 juin 1940, le 1er et le 2ème
Bataillon maintiennent intégralement la ligne de résistance.
Sur ordre
du commandement, le Régiment se replie ensuite sur la coupure
de la POIX dans la nuit du 6 au 7 juin 1940.
Le 7
juin au matin il établit une ligne de défense au bord
de la rivière à l'Ouest de CONTY jusqu'à CONTRE.
Le même soir, une contre-attaque du 3ème Bataillon, appuyée
par des chars, reprend le village de SENTELLE.
Dans
la nuit du 8 au 9 juin 1940, le Régiment se replie sur la région
de CATHEUX où il s'organise à nouveau défensivement.
Sur ordre du commandement, le 8ème R.T.M se replie à
16 heures mais laisse sur place le 3ème Bataillon qui est désigné
pour assumer la responsabilité de " Bataillon d'arrière-garde
" de la Division.
Il est
aussitôt mis sous le feu d'une puissante action menée
par les chars ennemis.
La 11ème Compagnie du 8ème R.T.M se couvre de gloire
en se sacrifiant à son tour pour assurer le décrochage
de ce qu'il reste dudit Bataillon.
Le Régiment
continue son mouvement de repli jusqu'à l'OISE qu'il reçoit
mission de défendre.
Il s'y
organise du mieux qu'il le peut et tiendra farouchement les passages
de la rivière du 10 au 13 juin 1940 à 4 heures du matin.
Les pertes
du 8ème Régiment de Tirailleurs Marocains sont telles
que c'est le dernier combat d'importance auquel il aura participé
durant la campagne 1939 - 1940.
C'est
un Régiment décimé par ces combats d'arrière-garde
qui combattra encore farouchement pour franchir la LOIRE à
JARGEAU le 18 juin 1940.
Encerclés,
par une manuvre hardie de l'ennemi à travers les marais
de SOLOGNE, ce qu'il reste du Régiment refuse de déposer
les armes et se dégage, une fois encore, au prix du sang de
ses hommes.
L'Armistice trouve ce qu'il subsiste du 8ème Régiment
de Tirailleurs Marocains sur la DORDOGNE.
Au cours
de la Campagne 39-40 le Régiment perdra 2000 Officiers
et hommes de troupe, tués, blessés ou prisonniers. Plus
de 90 % d'entre eux étaient originaires des régions
de MEKNES - FEZ et du RIF ( Maroc).
Quelques
semaines plus tard, ce qu'il subsiste du 8ème Régiment
de Tirailleurs Marocains rejoignait MEKNES au MAROC.
C'est là que les éléments restant du Régiment
sont intégrés au 7ème Régiment de Tirailleurs
Marocains.
Laminé
par ses combats d'arrière-garde lors de la Campagne 1939 -
1940, le 8ème Régiment de Tirailleurs Marocains paya
du sang de ses hommes l'une des grandes pages de son histoire mais
il ne pouvait disparaître ainsi.
Il est recréé
en janvier 1941 pour partir en Syrie.
Le 16 janvier
ordre lui est donné de rester au MAROC.
Durant plus
d'une année, le Régiment va mener une vie de garnison
et de bivouac.
Recrutant sur
place de jeunes hommes, formant de nouveaux Cadres et des Tirailleurs
en prévision d'une reprise des opérations que chacun
discerne et souhaite dans ce pays où la population, européenne
et indigène, n'a accepté que contrainte et forcée
la capitulation du " Maréchal " et la politique de
collaboration du " Régime de Vichy ".
Opération
" TORCH "
Les débarquements américano-britanniques en Afrique
du Nord
Le Général
EISENHOWER, chargé quelques mois plus tôt d'organiser
et de commander les débarquements américano-britanniques
en Afrique du Nord, fixa au 8 novembre 1943, le déclenchement
de l'offensive.
A l'image de
la première opération britannique contre MADAGASCAR,
les alliés
américains ne crurent pas nécessaire
de prévenir le Général de GAULLE de l'imminence
du débarquement en Afrique du Nord et traiteront avec le Général
GIRAUD.
L'attaque sera
menée en trois points : CASABLANCA - ALGER et ORAN.
A midi, le
Général de GAULLE rencontre le n°1 britannique Winston
CHURCHILL qui lui fait part de sa gêne d'avoir dû lui
taire l'organisation de l'opération " TORCH " tout
en l'assurant de son appui pour l'avenir.
Maîtrisant
son amertume, le Général prononcera le même soir
un discours solennel à la Radio de LONDRES :
" Les
alliés de la France ont entrepris d'entraîner l'Afrique
du Nord française dans la guerre de Libération.
Ils commencent à y débarquer des forces énormes.
Il s'agit de faire en sorte que notre Algérie, notre Maroc
et notre Tunisie, constituent la base de départ pour la libération
de la France.
Les alliés américains sont à la tête de
cette entreprise (
.)
Allons ! voici le grand moment ! Voici l'heure du bon sens et du courage.
Partout l'ennemi chancelle et fléchit. Français de l'Afrique
du Nord, que par vous nous rentrions en ligne, d'un bout à
l'autre de la Méditerranée, et voilà la guerre
gagnée, grâce à la France ".
Les préludes
diplomatiques de l'opération " TORCH " ne se dé
rouleront pas sous de bons auspices, tout au contraire.
La situation
était on ne peut plus confuse.
Alors que les
Américains avaient traité, d'une part avec le Général
GIRAUD dont ils souhaitaient faire le commandant suprême de
l'Armée française et leur interlocuteur privilégié,
d'autre part avec les échelons supérieurs du commandement
militaire du " Gouvernement de Vichy " en Afrique du Nord,
ces derniers furent surpris par la rapidité du débarquement
allié et c'est en pleine période de négociations
secrètes et de tractations les plus diverses qu'ils décideront,
en partie, de rester fidèles au Gouvernement du Maréchal.
Dans certains
secteurs les forces américano-britanniques vont donc se heurter
directement aux " Français de Vichy ".
Trois jours
furent nécessaires aux Alliés pour mener à bien
l'Opération " TORCH ", 1 800 soldats américains,
anglais et français vont ainsi payer de leur vie cette "
pratique aventurière à l'américaine " qui
ne sera pas la dernière et qui annonçait, sans l'avouer,
le projet de mainmise politique et ultérieure sur l'ensemble
du " Bassin méditerranéen ".
Le commandant
divisionnaire de CASABLANCA, le Général BETHOUART, était
l'un des alliés du représentant diplomatique américain
en Afrique du Nord, Robert MURPHY ; l'homme qui avait imposé
le Général GIRAUD comme seul interlocuteur des U.S.A
dans l'Opération " TORCH ".
Sans en référer à son supérieur hiérarchique,
l'Amiral MICHELIER, le Général BETHOUART prépara
la veille l'opération de débarquement américain.
C'est ainsi
que le 7 novembre 1942, il fait arrêter les membres de la commission
allemande d'armistice en leurs locaux de CASABLANCA et envoie à
RABAT un détachement d'Officiers français chargé
de faciliter l'approche américaine dont il suppose que le débarquement
principal s'effectuera sur les plages plus au Nord de la capitale
marocaine.
Il ignorait
à ce moment là que le Général EINSENHOWER
avait choisi la plage de CASABLANCA comme lieu principal de débarquement
de ses troupes.
L'Amiral MICHELIER
et le Général NOGUES, résidant général
au Maroc, n'étaient pas prêts à adopter les thèses
de BETHOUART et le firent arrêter dans la soirée du 7
au 8 novembre 1942 tout en prenant toutes les dispositions militaires
pour résister au débarquement des forces américaines.
Pour s'emparer
de CASABLANCA, le Général EISENHOWER avait confié
au Général PATTON 24 500 soldats, tous américains,
arrivant des Etats-Unis à bord de 29 bâtiments de transport
de troupes de la " Western Naval Task Force " commandée
par le contre-Amiral HEWITT.
Les Américains
ayant parfaitement saisi l'intérêt stratégique
du pays, situé à l'entrée de la Méditerranée
et contrôlant le détroit de Gibraltar, le débarquement
sur les côtes marocaines sera donc une Opération "
Réservée aux U.S.A " alors qu'ils s'associaient
par ailleurs avec les britanniques pour les opérations sur
ORAN et ALGER.
Peu après
5 heures du matin, le 8 novembre 1942, le Général PATTON
donnera le feu vert à ses troupes pour l'opération de
débarquement qui s'effectuera sur trois zones de la côte
marocaine.
Le point le plus important sera la plage de FEDALA, à 25 km
au Nord de CASABLANCA et s'accompagnera d'actions secondaires à
MEHDIA,TEMARA et MIRAMAR, plages situées à une dizaine
de km de la capitale marocaine et à SAFI, 250 km au Sud de
CASABLANCA.
Après
un travail de désorganisations les plus diverses effectuées
par la résistance locale, effectué notamment par les
Français attachés dès le 18 juin 1940 au Général
de Gaulle, bien qu'hostiles à l'hégémonie américaine
qui se dessine ; dans la confusion qui régnait, les "
Français de Vichy " laissèrent les Américains
prendre pied sur les points de débarquement avant de déclencher
un semblant de résistance ce qui facilita dans un premier temps
le mouvement des troupes de PATTON vers CASABLANCA.
Puis, ils tentèrent de faire front et engagèrent le
combat.
Le débarquement
des forces américaines sur les divers points de la côte
marocaine ne se déroula pas aussi facilement qu'ils l'avaient
espéré.
Utilisant une technique balbutiante, cette pratique approximative
provoqua de multiples contre-temps tout particulièrement au
niveau de l'acheminement des matériels qui s'entassaient, pèle-mêle
sur les plages, parfois victimes des marées.
Il semblerait que l'on ait occulté l'existence, pour le moins
dans " l'étude de préparation " des opérations
de débarquement des matériels et des munitions de soutien.
Ceci constitua une aubaine pour les " hommes de Vichy "
qui mirent à profit cette désorganisation pour tenter
d'organiser leurs défenses.
Le 11 novembre
1942, la situation sur le terrain restait confuse.
Il fallut l'intervention
personnelle du Général JUIN pour qu'enfin les dernières
troupes fidèles au Maréchal déposent les armes.
Trop impliqués
durant la période 1940 - novembre 1942 dans l'acceptation aveugle
de la politique de " Collaboration avec l'Allemagne " cautionnée
par le Maréchal et paraît-il " sauveur de la France
", la quasi totalité du commandement militaire local français
et de la haute hiérarchie administrative au Maroc restera en
place jusqu'à la Libération et l'épuration qui
s'en suivra.
Contrairement
à la France métropolitaine, la procédure d'épuration
au Maroc se réduira à sa
.. plus simple expression.
Sans avoir
participé à aucun combat pour la Libération de
la France, bon nombre d'Officiers supérieurs et d'Officiers
Généraux, " anciens collaborateurs zélés
du Gouvernement de Vichy ", conserveront par la suite tous les
" avantages acquis ", grades, décorations et Droits
à pension alors que de jeunes Français avec leurs frères
africains iront verser leur sang afin de chasser l'envahisseur allemand
et contribuer à la libération de leur patrie, "
La France ".
Dans
de prochains écrits nous vous relaterons ce que furent la Campagne
d'Italie et la lente remontée du 8ème RTM jusqu'en Allemagne,
fer de lance de ce qui fut appelée en un temps "l'Armée
d'Afrique du Général Juin".
Décimé
car placé en première ligne et spécialisé
dans les "coups de mains" sur les lignes ennemies, le 8ème
Régiment de Tirailleurs Marocains fut reconstitué intégralement
par 3 fois.