L'ACTUALITÉ
Dernière modification : le 16-Nov-2003 11:04 (GMT+1 / Bruxelles)

16/11/03 - La fin du porte avions Clemenceau passe presque inaperçue dans un monde dominé par les conflits larvés et les intérêts les plus divers.

Par Bouh Warsama.

 

L'ancien fleuron de la marine française - qu'est le porte avions Clemenceau - a toujours eu une place privilégiée dans le cœur des Djiboutiens et des communautés étrangères vivant sur notre sol.

Amarré majestueusement en un temps passé dans le port de Djibouti, il était l'objet de tous les regards d'enfants mais aussi d'adultes et pour les privilègiés qui ont pû un jour fouler son pont d'envol, c'était à chaque fois avec une forme d'émotion indéfinissable qui les saisissait.

A lui seul c'est plusieurs symboliques qui s'exprimaient et dépassaient de loin la simple représentation d'un navire de guerre de la " Royale " et ceci nous remet immanquablement en mémoire ce qu'écrivait Lamartine en son temps :

" Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer… ".

C'est après un mois de pérégrinations en Méditerranée que l'ancien porte-avions qui fut et fit la gloire de la marine française est revenu pour s'amarrer en côte varoise - dans la rade de Hyères près de Toulon.

Il est maintenu amarré à quelques 3 kilomètres des côtes dans l'attente de sa destination finale, selon l'annonce faite par la Préfecture maritime du Var.

Mis en service en 1961 avant d'être remplacé récemment par le porte-avions à propulsion nucléaire le " Charles de Gaulle " , durant ses 35 années de service actif il aura parcouru près de 50 fois le tour du globe, navigant sur toutes les mers et les océans de la planète.

Désarmé en 1997, il fut en un temps racheté lors d'Appel d'Offres par une société espagnole - la Gijonesa de Desquaces - pour être "désossé" dans les mois à venir après que l'on en ait retiré de ses entrailles les 210 tonnes d'amiante.

Après qu'il fut racheté et suite aux diverses errances - tel un navire abandonné et ayant perdu toute identité - la Ministre de la Défense - Mme Michèle Alliot Marie - a décidé mercredi de rompre le contrat et de le faire rentrer à " bon port " pour être désamianté en terre de France.

Si cette opération de désamiantage s'avère impérative, le sort qu'il serait réservé aux "22 000 tonnes de ferraille après désossage" qu'il représente dans certains esprits et à l'heure actuelle devrait soulever quelques réactions incitant à mener une réflexion bien plus profonde et s'inspirant des traditions de la Marine française ; pensée animée de bon sens et de respect telle que celle exprimée par M Jean Claude Gaudin - maire de Marseille.

Plutôt le couler que le désosser.

Que représentent ces 22000 tonnes de métal ? Rien ou si peu !.

Alors on serait tenté de dire tout haut que cet ancien fleuron de la " Royale " ne mérite pas d'être livré au feu des chalumeaux pour être détruit mais qu'il doit s'enfoncer lentement dans les flots au large des côtes françaises et pourquoi pas djiboutiennes ?.

Laissons-le mourir en paix !.

Faisons en sorte que la mer soit son cercueil et évitons de le découper car ce serait intenter à ce qu'il reste de son intégrité et à tous ces symboles qui ont fait son renom et la gloire de la France.

En 1913, Clemenceau écrivait dans son journal L'Homme libre un article à sensation intitulé "Vivre ou mourir".

On peut y lire cette adresse aux jeunes alors que lui-même avait 72 ans.

"Un jour, au plus beau moment où fleurit l'espérance... tu t'en iras... au-devant de la mort affreuse qui fauchera des vies humaines en un effroyable ouragan de fer.

Et voilà qu'à ce moment suprême... ta cause te paraîtra si belle, tu seras si fier de tout donner pour elle que, blessé ou frappé à mort, tu tomberas content !".

- Mme Michèle Alliot Marie - Ministre de la Défense - ces quelques lignes s'adressent à vous tout particulièrement.

Vous avez aujourd'hui, Madame, le pouvoir de faire que ce symbôle qui fit la gloire de la France ne meure pas ainsi.

Laissez mourir le "Clem" dans la dignité et le respect, ce faisant vous respecterez aussi la "Royale" et tous ceux qui ont servi sur ce porte-avions.

 

Bouh Warsama.

 

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