Courrier des lecteurs
Dernière modification : le 25-Mai-2002 15:36 (GMT+1 / Bruxelles)

25/05/02 De la critique à la destruction, de la renaissance au chaos !

Les forums se sont fort heureusement développés depuis ces dernières années, car ils nous permettent de nous exprimer librement et sans contraintes. A force les parcourir, je suis dèçue et exaspérée de lire toutes ces 'attaques' individuelles 'en règle'. J'en suis arrivée à me forger une conviction. (qui ne vaut que parce que c'est la mienne. Elle peut-être remise en question, d'autant plus que même si j'en suis très proche, je ne suis pas djiboutienne d'origine).

Les Djiboutiens seraient-ils à la recherche d'un ange sans défaut et sans passé pour les guider ? Bien sur, ce spécimen virtuel n'existe pas. Et même si on le trouvait, certains trouveraient encore à redire parce qu'il a les ailes trop courtes ou que ses cheveux sont trop blonds ou trop foncés.

En agissant ainsi, en calomniant tous ceux qui lèvent un doigt pour tenter quelque chose, pour essayer de faire avancer la démocratie, pour s'occuper du peuple et de ses problèmes, un certain nombre de Djiboutiens (qui se qualifient souvent d'opposants ou d'intellectuels) ne font qu'apporter leur soutien au pouvoir dictatorial.

En jouant en permanence à fouiller dans le passé de ceux qui font un effort, (qui travaillent pour l'avenir du pays, qui donnent de leur temps personnel) la faille qu'il pourront exploiter pour les déstabiliser, ils servent à l'évidence Guelleh et son autoritarisme plus que dépassé.

Est-ce vraiment le reflet de ce que souhaitent les Djiboutiens : un chef avec un bâton pour les frapper ?

On doit avoir le courage de se poser la question. Certes, nous savons tous que les forums sont animés et fréquentés d'abord par des agents de Guelleh qui utilisent différents pseudonymes pour répandre leur venin, leur perfidie, et leurs critiques aussi faciles que gratuites.
Mais il y a aussi des internautes libres : pourquoi ne réagissent-ils pas avec plus de force à ces calomnies souvent misérables ?

Nul n'est parfait. Chacun a des défauts, des faiblesses et un passé. Chacun commet (et accumule) des erreurs au cours de sa vie. L'important n'est pas de rester dans le détail en comptabilisant ces points là, mais de prendre de la hauteur pour évaluer la stratégie et la ligne directrice qui anime l'individu et/ou son groupe. Chacun devrait se regarder dans un miroir et se dire " Et moi, en quoi suis-je critiquable ? ". "Suis-je devenu plus intelligent parce que j'ai critiqué sans raison, pour le simple plaisir ?"

Je comprends que chacun soit méfiant car l'histoire de Djibouti est riche en cas de double-jeu, de changements d'alliance, parfois de trahisons, au moins de retournements de veste. Des pressions familiales et /ou tribales sont parfois à l'origine de retournements incompréhensibles parce qu'ils ont été imposés.

Il faut aussi apprendre à faire confiance et à reconnaître le travail qui est fait par vos compatriotes et/ou par des étrangers qui aiment Djibouti. Il faut les soutenir et cesser de détruire systématiquement leurs actions. Quel est le moteur qui anime ces individus : la jalousie, l'orgueil, le plaisir de casser pour masquer leur propre paresse ? Si cela continue, le pays sera condamné à être rayé de la carte (au moins de la carte économique), puisqu'il y aura de moins en moins d'initiatives..

Le tribalisme est probablement à l'origine d'un certain nombre de maux du pays. Guelleh l'utilise (assez habilement) pour diviser et pour régner. Mais s'il réussit si bien à conserver son fauteuil, c'est parce qu'un certain nombre de Djiboutiens sont toujours prêts à tomber dans le panneau et à se lancer dans une bagarre provoquée par le régime !

Par refus légitime du tribalisme traditionnel, doit-on pour autant tomber dans une autre forme de tribalisme ? Celle qui consisterait à émettre systématiquement des avis contraires et divergents dès qu'une idée nouvelle ou différente est proposée. C'est ce que j'appelle le tribalisme de l'esprit. Tout n'est pas bon à prendre, mais avant de rejeter, prenons le temps d'évaluer avec la plus grande honnêteté intellectuelle possible.

La critique est nécessaire et elle est bonne, mais elle doit s'accompagner de propositions alternatives. La critique doit être constructive et non pas l'inverse : destructive. En vous limitant à critiquer sans agir, vous ne prenez certes aucun risque : personne ne vous reprochera rien. Mais vous aurez fait consciemment ou non le lit de la dictature. Ne nous voilons pas la face, la dictature, elle fait des choses, même si elles sont parfois condamnables et peu respectables. La dictature agit. Les opposants (enfin ce qu'il en reste !) consacrent un temps considérable et une énergie folle à se méfier de leur voisin et à chercher des angles d'attaque.

Continuer à détruire systématiquement toutes les intiatives, c'est prendre le risque de décourager les meilleures volontés. Il y aura un gagnant et un perdant. Le gagnant, ce sera Guelleh qui continuera à bourrer les urnes et à voler votre argent. Le perdant ce seront les Djiboutiens et leurs enfants qui devront supporter le désastre économique. Est-ce vraiment l'avenir que certains intellectuels souhaitent pour Djibouti ?

Prenez par exemple, le GED. Ce sont des gens qui bougent et qui essayent, entre autre, d'aider les étudiants. Pourquoi tirer à boulets rouges sur le GED et sur ses animateurs ?

Prenez ensuite l'ARDHD qui poursuit ses publications contre vents et marées. Son objectif : pallier l'interdiction de la presse à Djibouti. Pour quelles raisons devrait-on la clouer au pilori ? Et si l'ARDHD a pêché parfois en publiant des informations inexactes, non vérifiées ou qui vous déplaisent, on doit se poser deux questions :

- Qu'avez-vous fait personnellement pour lui adresser des informations précises et vérifiées ?

- Dans l'ensemble, a-t-elle produit un travail utile à la cause djiboutienne ?

C'est contre cet immobilisme doublé de négativisme des Djiboutiens que je me permets d'intervenir aujourd'hui avec amitié, car je suis choquée par certains propos que j'ai lu à droite ou à gauche.

Et j'estime que les Djiboutiens ont bien de la chance que l'ARDHD poursuive (avec ses qualités et ses défauts que je ne nie pas et que j'ai déploré parfois) son action. C'est une Association qui a dénoncé les crimes du régime et qui le fait savoir dans le monde entier. Que se passerait-il si Jean-Loup Schaal décidait d'arrêter le combat et de cesser la publication de son Observatoire (je ne suis pas dépositaire de ses secrets !) ? Un vide pour les Djiboutiens et une belle victoire pour Guelleh. Je parie que ce seraient les mêmes qui seraient les premiers à critiquer son geste. Ils insinueraient par exemple qu'il a cédé lui-aussi aux sirènes du pouvoir et qu'il a du recevoir un beau chèque... pour arrêter le site.

Cessez donc de fustiger pour le plaisir et regroupez-vous autour d'une idée commune. Celle de mettre un terme à la dictature et de redonner au pays et à ses habitants un minimum vital décent et un avenir et une ambition pour sa jeunesse. Cela ne veut pas dire d'avaler n'importe quelle couleuvre, mais d'agir de façon positive et constructive. Gardez votre esprit critique, il est indispensable, mais abandonnez votre esprit destructeur, car cela se retournera forcément contre vous un jour.

Pardonnez mon mouvement d'humeur, mais j'ai un espoir, c'est qu'il déclenche une prise de conscience et un sursaut citoyen dans les rangs des intellectuels et des vrais opposants pour qu'ils agissent, pour qu'ils proposent et pour qu'ils soutiennent les initiatives qui le méritent. A ce moment-là et à cette condition, la communauté sera devenue majeure et elle n'aura plus besoin du soutien ni d'une association étrangère comme l'ARDHD ni peut-être même de celui du GED. Elle aura retrouvé la Lumière, la Liberté, la Démocratie et la Justice. Et je souhaite être présente ce jour-là.

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