25/05/02
De la critique à la destruction, de la renaissance au chaos !
Les forums
se sont fort heureusement développés depuis ces dernières
années, car ils nous permettent de nous exprimer librement et
sans contraintes. A force les parcourir, je suis dèçue
et exaspérée de lire toutes ces 'attaques' individuelles
'en règle'. J'en suis arrivée à me forger une conviction.
(qui ne vaut que parce que c'est la mienne. Elle peut-être remise
en question, d'autant plus que même si j'en suis très proche,
je ne suis pas djiboutienne d'origine).
Les Djiboutiens
seraient-ils à la recherche d'un ange sans défaut et sans
passé pour les guider ? Bien sur, ce spécimen virtuel
n'existe pas. Et même si on le trouvait, certains trouveraient
encore à redire parce qu'il a les ailes trop courtes ou que ses
cheveux sont trop blonds ou trop foncés.
En agissant ainsi,
en calomniant tous ceux qui lèvent un doigt pour tenter quelque
chose, pour essayer de faire avancer la démocratie, pour s'occuper
du peuple et de ses problèmes, un certain nombre de Djiboutiens
(qui se qualifient souvent d'opposants ou d'intellectuels) ne font qu'apporter
leur soutien au pouvoir dictatorial.
En jouant en permanence
à fouiller dans le passé de ceux qui font un effort, (qui
travaillent pour l'avenir du pays, qui donnent de leur temps personnel)
la faille qu'il pourront exploiter pour les déstabiliser, ils
servent à l'évidence Guelleh et son autoritarisme plus
que dépassé.
Est-ce vraiment
le reflet de ce que souhaitent les Djiboutiens : un chef avec un bâton
pour les frapper ?
On doit avoir le
courage de se poser la question. Certes, nous savons tous que les forums
sont animés et fréquentés d'abord par des agents
de Guelleh qui utilisent différents pseudonymes pour répandre
leur venin, leur perfidie, et leurs critiques aussi faciles que gratuites.
Mais il y a aussi des internautes libres : pourquoi ne réagissent-ils
pas avec plus de force à ces calomnies souvent misérables
?
Nul n'est parfait.
Chacun a des défauts, des faiblesses et un passé. Chacun
commet (et accumule) des erreurs au cours de sa vie. L'important n'est
pas de rester dans le détail en comptabilisant ces points là,
mais de prendre de la hauteur pour évaluer la stratégie
et la ligne directrice qui anime l'individu et/ou son groupe. Chacun
devrait se regarder dans un miroir et se dire " Et moi, en quoi
suis-je critiquable ? ". "Suis-je devenu plus intelligent
parce que j'ai critiqué sans raison, pour le simple plaisir ?"
Je comprends que
chacun soit méfiant car l'histoire de Djibouti est riche en cas
de double-jeu, de changements d'alliance, parfois de trahisons, au moins
de retournements de veste. Des pressions familiales et /ou tribales
sont parfois à l'origine de retournements incompréhensibles
parce qu'ils ont été imposés.
Il faut aussi apprendre
à faire confiance et à reconnaître le travail qui
est fait par vos compatriotes et/ou par des étrangers qui aiment
Djibouti. Il faut les soutenir et cesser de détruire systématiquement
leurs actions. Quel est le moteur qui anime ces individus : la jalousie,
l'orgueil, le plaisir de casser pour masquer leur propre paresse ? Si
cela continue, le pays sera condamné à être rayé
de la carte (au moins de la carte économique), puisqu'il y aura
de moins en moins d'initiatives..
Le tribalisme est
probablement à l'origine d'un certain nombre de maux du pays.
Guelleh l'utilise (assez habilement) pour diviser et pour régner.
Mais s'il réussit si bien à conserver son fauteuil, c'est
parce qu'un certain nombre de Djiboutiens sont toujours prêts
à tomber dans le panneau et à se lancer dans une bagarre
provoquée par le régime !
Par refus légitime
du tribalisme traditionnel, doit-on pour autant tomber dans une autre
forme de tribalisme ? Celle qui consisterait à émettre
systématiquement des avis contraires et divergents dès
qu'une idée nouvelle ou différente est proposée.
C'est ce que j'appelle le tribalisme de l'esprit. Tout n'est pas bon
à prendre, mais avant de rejeter, prenons le temps d'évaluer
avec la plus grande honnêteté intellectuelle possible.
La critique est
nécessaire et elle est bonne, mais elle doit s'accompagner de
propositions alternatives. La critique doit être constructive
et non pas l'inverse : destructive. En vous limitant à critiquer
sans agir, vous ne prenez certes aucun risque : personne ne vous reprochera
rien. Mais vous aurez fait consciemment ou non le lit de la dictature.
Ne nous voilons pas la face, la dictature, elle fait des choses, même
si elles sont parfois condamnables et peu respectables. La dictature
agit. Les opposants (enfin ce qu'il en reste !) consacrent un temps
considérable et une énergie folle à se méfier
de leur voisin et à chercher des angles d'attaque.
Continuer à
détruire systématiquement toutes les intiatives, c'est
prendre le risque de décourager les meilleures volontés.
Il y aura un gagnant et un perdant. Le gagnant, ce sera Guelleh qui
continuera à bourrer les urnes et à voler votre argent.
Le perdant ce seront les Djiboutiens et leurs enfants qui devront supporter
le désastre économique. Est-ce vraiment l'avenir que certains
intellectuels souhaitent pour Djibouti ?
Prenez par exemple,
le GED. Ce sont des gens qui bougent et qui essayent, entre autre, d'aider
les étudiants. Pourquoi tirer à boulets rouges sur le
GED et sur ses animateurs ?
Prenez ensuite l'ARDHD
qui poursuit ses publications contre vents et marées. Son objectif
: pallier l'interdiction de la presse à Djibouti. Pour quelles
raisons devrait-on la clouer au pilori ? Et si l'ARDHD a pêché
parfois en publiant des informations inexactes, non vérifiées
ou qui vous déplaisent, on doit se poser deux questions :
- Qu'avez-vous fait
personnellement pour lui adresser des informations précises et
vérifiées ?
- Dans l'ensemble,
a-t-elle produit un travail utile à la cause djiboutienne ?
C'est contre cet
immobilisme doublé de négativisme des Djiboutiens que
je me permets d'intervenir aujourd'hui avec amitié, car je suis
choquée par certains propos que j'ai lu à droite ou à
gauche.
Et j'estime que
les Djiboutiens ont bien de la chance que l'ARDHD poursuive (avec ses
qualités et ses défauts que je ne nie pas et que j'ai
déploré parfois) son action. C'est une Association qui
a dénoncé les crimes du régime et qui le fait savoir
dans le monde entier. Que se passerait-il si Jean-Loup Schaal décidait
d'arrêter le combat et de cesser la publication de son Observatoire
(je ne suis pas dépositaire de ses secrets !) ? Un vide pour
les Djiboutiens et une belle victoire pour Guelleh. Je parie que ce
seraient les mêmes qui seraient les premiers à critiquer
son geste. Ils insinueraient par exemple qu'il a cédé
lui-aussi aux sirènes du pouvoir et qu'il a du recevoir un beau
chèque... pour arrêter le site.
Cessez donc de fustiger
pour le plaisir et regroupez-vous autour d'une idée commune.
Celle de mettre un terme à la dictature et de redonner au pays
et à ses habitants un minimum vital décent et un avenir
et une ambition pour sa jeunesse. Cela ne veut pas dire d'avaler n'importe
quelle couleuvre, mais d'agir de façon positive et constructive.
Gardez votre esprit critique, il est indispensable, mais abandonnez
votre esprit destructeur, car cela se retournera forcément contre
vous un jour.
Pardonnez mon mouvement
d'humeur, mais j'ai un espoir, c'est qu'il déclenche une prise
de conscience et un sursaut citoyen dans les rangs des intellectuels
et des vrais opposants pour qu'ils agissent, pour qu'ils proposent et
pour qu'ils soutiennent les initiatives qui le méritent. A ce
moment-là et à cette condition, la communauté sera
devenue majeure et elle n'aura plus besoin du soutien ni d'une association
étrangère comme l'ARDHD ni peut-être même
de celui du GED. Elle aura retrouvé la Lumière, la Liberté,
la Démocratie et la Justice. Et je souhaite être présente
ce jour-là.