La parole aux opposants
Dernière modification : le 24-Mar-2003 6:10 (GMT+1 / Bruxelles)

24/03/03 Les souffrances des populations irakiennes seraient-elles de si peu d'importance dans l'esprit de nos " gouvernants djiboutiens opportunistes et de circonstances " ?.

par Mohamed Saleh Alhoumekani

Il est des silences révélateurs qui confirment une absence évidente d'un quelconque intérêt et d'humanité à l'égard de ceux qui souffrent.

Faites le tour de la presse locale et des sites internet officiels de la République de Djibouti ou en étant l'émanation inavouée et vous constaterez, tout comme nous l'avons fait, que nul ne dit ou n'écrit mot sur la guerre qui embrase le ciel d'Irak depuis quelques jours.

Bien au-delà des réelles motivations qui ont conduit à ce conflit et quelles que puissent en être les justifications, force est de constater que le silence de l'Etat Djiboutien ignorant les souffrances actuelles, sous les bombes et les privations, subies par les enfants, les femmes et les hommes des populations irakiennes est troublant et pour le moins injustifié.

Ceci n'interdit en rien aux populations de notre pays de penser que cette " attitude de mutisme " comme cette guerre sont absurdes et vecteur ou favorisant " l'aventure guerrière " dont seules sont victimes les populations civiles irakiennes car elles ne disposent d'aucun pouvoir pour assurer, en l'état actuel, leur propre sécurité : prises qu'elles sont sous le feu croisé des armées qui s'opposent.

Les guerres, assimilables à des " génocides programmés ", dans ce qu'elles ont de plus abject se répètent éternellement ; chacun en a pleine conscience.

C'est pour cette raison qu'il convenait, à notre sens, pour l'Etat djiboutien de privilégier de manière officielle sur le plan international la prise de dispositions préalables au niveau du Conseil de Sécurité de l'ONU qui sont, par principe reconnu, de faire appliquer strictement toutes ses résolutions conservatoires en faveur des générations futures en créant les conditions nécessaires au maintien de la justice et du respect des obligations nées des traités et des autres sources du droit international.

Ce sont les populations civiles, de plus fragilisées par la malnutrition et toutes les privations endurées comme c'est le cas en Irak, qui sont les premières victimes de tels conflits ; de surcroît rien n'interdit de penser qu'il pourrait y avoir dans les jours prochains l'extension de cette guerre en Irak avec l'émergence de revendications exprimées d'élargissement de leur territoire national par l'un ou l'autre des pays limitrophes.

Ceci nul ne peut le contester et ce ne sont pas les louables actions humanitaires ultérieures, malgré la noblesse altruiste de leurs actes, qui pourront rendre, a posteriori aux victimes civiles de cette guerre et notamment aux enfants, le plein usage de leurs membres ou les sortir de leur tombe.

L'importances mais surtout les conséquences d'un tel conflit dont nul ne connaît l'issue démontrent que dans de tels périodes ou bien des valeurs humanistes sont galvaudées, de part et d'autre, le Conseil de Sécurité de l'ONU est la seule instance internationale garantissant un indispensable équilibre entre les forces en présence et à venir pour maintenir la paix et la sécurité internationales.

Les séquences fragmentaires d'images comme les informations manipulées de part et d'autre ne donnent qu'une vision tronquée voire volontairement déformée de la situation exacte subie par les enfants, les femmes et les hommes dans ce pays dont il parait nécessaire de rappeler qu'elles et ils sont et demeurent un peuple frère, y compris et surtout dans cette fraternité exprimée au sens large du terme, qui est pris sous le feu de la guerre et ne faisant jamais zéro victime directe ou indirecte, de quel côté que l'on se place.

Les hommes, les femmes et notre jeunesse djiboutienne ont en de telles circonstances dramatiques plus que jamais quelque chose à exprimer, à dire au monde et à l'administration des Etats-Unis d'Amérique.

Pris sous le joug d'une dictature imposée par Ismaël Omar Guelleh que les instances internationales tentent d'ignorer à tort et pour diverses raisons, nous savons quel sens il convient de donner ici, dans notre propre pays, à la tyrannie vécue et subie par toutes les familles au quotidien et sous toutes ses formes.

Si cette tyrannie n'a pas la sinistre dimension de celle imposée pas Saddam Hussein elle en prend le chemin à grands pas car elle en a la même finalité trompeuse et utilise les mêmes moyens de répression sauvage pour atteindre ses buts.

Nous voulons ranimer la flamme de la paix sans laquelle aucun progrès n'est possible pour les peuples et rappeler à l'opinion publique internationale le caractère aléatoire du conflit irakien qui aura assurément et hélas de graves répercussions :

  • sur l'économie djiboutienne qui est en situation de catastrophe.
  • sur la vie au quotidien des populations djiboutiennes déjà rendue difficile par le marasme économique et social dans lequel se débat notre pays. Dans notre pays, les denrées de première nécessité se vendent non plus au kg mais en centaine de grammes et à la mesure d'un verre pour ce qui concerne entre autres le lait et l'huile ; conséquences de l'aggravation exponentielle de la paupérisation de toutes les couches sociales à l'exception d'une minorité qui s'enrichit autant qu'elle le peut,
  • sur notre propre avenir comme sur les fluctuations des marchés mondiaux dont nous sommes tributaires bien plus que d'autres car nous importons la quasi totalité de ce dont nous avons le besoin. Les prix, notamment de toutes les denrées, ont augmenté ces derniers mois de manière vertigineuse à Djibouti.

Par ailleurs et pour ce qui concerne la position de l'Etat djiboutien et de sa diplomatie sur le plan international dans " l'Affaire de la Guerre d'Irak ", nous observons l'absence de démarche empreinte de noblesse, de courage et de bon sens politique émanant d'Ismaël Omar Guelleh prônant la raison et expliquant aux " fauteurs de guerre ", de part et d'autre, qu'ils ont choisi par leur enfermement mutuel la plus mauvaise voie.

La position du gouvernement actuel djiboutien sur ce point est à considérer comme le " monde du silence " et des absences, exception faite et préoccupée qu'elle est par les grandes soirées internationales données ces jours derniers au palais d'Aramous ou dans les grands hôtels de la capitale !.
Réfugié dans son palais aux dorures artificielles, le dictateur Ismaël Omar Guelleh est très perplexe quant à l'instabilité grandissante et notoire de son propre " trône ".

Rostand écrivait " Savoir reconnaître l'humain jusque dans l'inhumain. L'ignoble est souvent du noble mal tourné… ". Nous avons tenté de chercher ne serait ce qu'un soupçon de trace de noblesse dans ce qu'exprime dans ses actes et depuis 23 ans Ismaël Omar Guelleh dans le pays.

Nous n'avons hélas rien trouvé d'approchant.

Ce qui est certain c'est que le mandat dont il s'est approprié par la falsification des élections de 1999 qu'il vient de réitérer avec de nouvelles falsifications, cette fois ci plus subtiles, lors des Législatives de janvier dernier risquerait de très " mal tourner " d'ici peu, ce qui ne serait au final qu'un juste retour des choses et ce avec la même " humanité " dont il ne sait pas faire preuve à l'égard des populations djiboutiennes.

Elles sauront assurément l'en remercier à leur manière très bientôt.

Mohamed Saleh Alhoumekani
Chargé des Affaires étrangères
et de la Coopération internationale