
Youssouf
Abdillahi Omar
20/07/03
- La question de la loyauté comme celle de la dignité
des comportements ne semblerait pas être une grande préoccupation
dans l'esprit de certaines " personnalités " politiques
dans notre Pays. par Youssouf
Abdillahi Omar
Ceci doit indubitablement
nous amener à nous interroger à la fois sur les conditions
auxquelles se réfère un groupe pour se prétendre
cohérent et sur celles auxquelles les membres du groupe peuvent
se faire confiance.
Dans quelle mesure
la confiance que nous plaçons dans les "administrateurs
de notre pays" dépend-elle de leur loyauté vis-à-vis
des populations et servir à la cohésion sociale ?
On
peut se demander si les transformations récentes survenues
dans la société djiboutienne dite de " Bourgeoisie
artificielle récente" ne l'invite pas à une conception
moins exigeante (pour eux, pas pour les autres), en même temps
que la prise en compte d'autres éléments tel que le
clientélisme et l'acceptation de la corruption lui suggérant
une conception plus souple, pas forcément logique, de la cohésion
sociale.
Pour mieux comprendre
ce qu'est la " Loyauté " il convient d'analyser ce
problème par ses trois contextes ;
- celui
par rapport à la famille et à la tribu qui en est
le prolongement,
- par
rapport aux organisations dont les relations humaines au sein de
l'administration ou de l'entreprise qui nous emploie,
- par
rapport à l'État, à sa législation et
aux Droits.
Bien entendu,
être loyal à ses parents n'est pas la même chose
qu'être loyal à l'égard de l'entreprise qui nous
emploie, ou envers l'État dont nous sommes citoyens ou citoyennes.
La
loyauté s'analyse donc comme un ensemble de devoirs plus ou
moins contraignants et de droits plus ou moins bien garantis.
Nous avons vis-à-vis
de nos parents des devoirs qui, dans notre société djiboutienne
sont fortement influencés par le "
traditionnel " hérité du passé de notre
famille, de notre tribu qui influe considérablement, ou devrait
le faire, sur nos comportements : à ceci s'y attache l'aspect
religieux.
De par nos traditions,
l'honneur d'un homme est inséparable
de l'honneur de sa famille. Prenons l'exemple de l'outrage
à la vertu d'une fille qui met à la charge de ses frères
et de ses cousins l'obligation d'effacer l'infamie infligée
à la famille tout entière.
Cette forme extrême
de loyauté peut nourrir indéfiniment la vengeance, quand
bien même serait-elle réparée partiellement par
le " prix du sang " ou autre.
Avec le temps, le rayon des loyautés
familiales s'est réduit, tandis que s'affaiblissait l'intensité
de ces sentiments.
En même
temps se pose la question de notre loyauté vis-à-vis
de ces ensembles sociaux bien différents de la famille qu'on
appelle organisations.
Sous ce terme,
on désigne les entreprises, les bureaucraties, diverses formes
d'associations. Ce qui caractérise les organisations, c'est
qu'elles procèdent à la mobilisation méthodique
de ressources en vue d'un objectif commun, mais l'existence d'un objectif
à réaliser par l'effort de tous ne
supprime pas l'existence d'objectifs propres à chaque membre
de l'organisation.
Celle-ci constitue
bien un système coopératif, mais les coopérateurs
sont mus par des intérêts très divers.
Si l'on affirme,
comme le font les marxistes, que les participants se répartissent
nécessairement en deux "classes" affrontées
dans une lutte à mort, l'entreprise ne
peut plus être vécue ou pensée autrement que comme
un champ de bataille.
Montesquieu écrivait:
"Si je
savais quelque chose qui me fût utile et qui fût préjudiciable
à ma famille, je le rejetterais de mon esprit.
Si je savais
quelque chose utile à ma famille et qui ne le fût pas
à ma patrie, je chercherais à l'oublier.
Si je savais
quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable
à l'Europe, ou bien qui fût utile à l'Europe et
préjudiciable au genre humain, je le
regarderais comme un crime."
Loyauté
et clientélisme.
Les phénomènes
de clientélisme et que nous observons dans notre pays reçoivent
une interprétation utilitaire.
C'est ainsi que
le " Je suis loyal à Ismaël Omar Guelleh parce
que ma survie ou ma promotion dépend de lui " est
fréquent. Comment pourrait-il en être
autrement car il a verrouillé tous les pouvoirs et impose ses
seules décisions dans tous les domaines.
Mais tout échange
de faveurs, même "particularistes", n'est pas nécessairement
régi par la stricte équivalence des valeurs échangées
car le recours à la
dépendance clientéliste constitue une carte forcée.
Si
je suis démuni, si je suis sans emploi et que mes enfants ont
faim, force m'est de chercher aide et protection auprès de
ce pouvoir despotique et clientéliste, s'il
ne reste que lui sur le terrain politique...
Ma
loyauté est contrainte et jusqu'où peut elle aller ?
quelles en sont ses limites ?.
D'autre part,
s'agissant d'Ismaël Omar Guelleh son statut par ce qu'usurpé
dans l'esprit des communautés Djiboutiennes lui impose l'obligation
de s'appuyer sur telle ou telle catégorie de personnes qui
se trouvent vis-à-vis de lui dans une certaine relation de
parenté ou d'intérêt voire de dépendance
alimentaire ou autre.
Être
loyal envers sa patrie et sa Nation, c'est ne pas mettre en danger
ses intérêts, ne pas attenter à sa réputation.
N'ayant
pas de patrie, hormis celle du profit personnel et de l'argent qu'il
peut en tirer, Ismaël Omar Guelleh ne peut se prévaloir
au souhaiter une quelconque loyauté à son égard.
Notre loyauté
vis-à-vis de notre Nation s'apprécie à la conformité
de notre conduite aux règles qui établissent notre citoyenneté
; et la première condition de cette conformité
c'est, au sens large du terme, la légalité de notre
conduite.
Les personnages
charismatiques inspirent d'évidence une dévotion qui
constitue pour eux la plus précieuse des ressources et s'ils
ne disposent pas de ce charisme naturel ou qu'ils ne savent pas développer,
alors ils font parfois usage de la force de la tyrannie puis du despotisme
pour les servir.
Contrairement
aux pratiques d'un Dileita, d'un Moumin Bahdon et de bien d'autres
n'attendons pas de lui des
avantages que nous lui repayerions par notre docilité.
Ce n'est pas par son statut que Jésus ou Mahomet a recruté
ses premiers fidèles et ces derniers ne se sont pas attachés
au Prophète en vue de menus services que pourrait leur valoir
leur loyauté.

Si l'on veut aller
plus loin dans l'analyse du comportement déloyal des "
serviteurs " du pouvoir politique actuel, on peut citer aisément
ceux qui dans notre communauté des gadaboursis
ont déserté nos valeurs ancestrales, ont écarté
de leur esprit tous les actes de deux présidents de la république
successifs et collaborent étroitement aux actes
actuels et futurs d'un Ismaël Omar Guelleh, ne serait ce que
celui d'exclusion évidente dont est victime notre communauté
Gadaboursi.
A ceci s'ajoute
l'attitude de notre ministre du culte, le kadi Mogueh Dirir Samatar
qui détourne chaque année à
son profit les places de transport par avion pour que les plus démunis
puissent eux aussi se rendre au pèlerinage de la Mecque et
offertes dans sa grande générosité par sa Majesté
le roi d'Arabie Saoudite, Fahd Ibn Abdoualiz.
Est-cela
pour notre ministre local du culte
- être
loyal vis-à-vis des plus humbles et de respecter la pauvreté
?,
- être
loyal vis à vis de la bonté du geste du donateur ?,
- être
loyal vis à vis du contenu des saints versets d'Al Kuran
et de la pensée transmise par le prophète Muhammad
?.
On peut y ajouter
toutes les accusations injustes portées par Ismaël Omar
Guelleh vis-à-vis de notre communauté concernant la
responsabilité dans l'Attentat du Café de Paris, comme
dans les précédents après
lesquels des centaines d'entre nous furent arrêtés et
torturés pour leur faire avouer ce qu'ils ignoraient.
Nous pouvons démontrer
aujourd'hui qu'il y a eu manipulation dans ces affaires avec tous
les faux témoignages qui viennent d'être mis à
jour dans diverses dépositions contradictoires et les documents
remis à la Justice française.
Avant d'aller
plus loin dans nos écrits, nous tenons à préciser
que les actes odieux perpétrés par les hommes ne
sauraient porter atteinte ou impliquer de quelque manière que
ce soit leur famille, leur tribu voire leur ethnie.
Rétablir
des vérités alors que nous sommes les victimes d'accusations
injustifiées, c'est aussi être loyal que
d'agir ainsi envers notre propre communauté des gadaboursis
comme à l'égard de la Nation djiboutienne à laquelle
nous appartenons.
Souvenons qu'au
début de l'année 1987 et après l'attentat contre
le bar l'Historil toutes les accusations fusèrent de la part
d'Ismaël Omar Guelleh comme de Moumin Bahdon Farah contre notre
communauté comme contre celle des Afars.
Qu'un coup de
feu soit tiré à l'autre bout du pays, qu'une branche
d'arbre tombe dans la capitale et aussitôt des doigts vengeurs
nous mettaient en accusation, Gadaboursis et Afars.
La vérité
s'est faite jour et démontre, là encore, les machinations
car il est prouvé aujourd'hui que le terroriste muni d'un faux
passeport tunisien, M Adouani, est arrivé sur le territoire
djiboutien non une semaine avant l'attentat
mais trois mois auparavant
Adouani fut accueilli
à cette époque par Mohamed
Ali Chaker et l'actuel premier ministre Dileita, c'est au volant de
son propre véhicule Honda prélude de l'époque
que M Dileita est reparti de l'Aéroport en compagnie de Mohamed
Ali Chaker et du terroriste Adouani.
Quelques
jours plus tard et dans le véhicule d'Idriss Omar Guelleh,
Adouani fut photographié en présence d'Hassan Borg et
de Mario.
L'ex
Lieutenant des Forces Nationales de police, Moustapha Kaireh Darar,
a témoigné de cela est de bien plus devant la Justice
française ; d'autres l'ont suivi
et nous ne pouvons que les remercier d'avoir eu ce courage et cette
loyauté pour faire triompher la vérité et laver
ainsi notre communauté des Gadaboursis comme celle de nos frères
Afars sur lesquels le pouvoir politique actuel avait tenté
de jeter le discrédit.
La
encore, la corruption des consciences et son clientélisme sont
mis à mal par la loyauté d'hommes de courage.
Rappelons que
l'Attentat de l'Historil coûta la vie à plus de 14 personnes
et fit plus de 50 blessés, quant aux deux hommes de main d'Idriss
Omar Guelleh qu'étaient Hassan Borg, supposé être
représentant du front pour la libération de l'Erythrée,
et le tueur professionnel nommé Mario, ils ont disparu de "
la circulation " peu après le décès tendancieux
d'Idriss Omar Guelleh en 1995.
Comment un Mohamed
Ali Chaker pourrait il prétendre donner une quelconque leçon
de morale, d'être loyal vis à
vis du contenu des saints versets d'Al Küran et de la pensée
transmise par le prophète Muhammad alors qu'avec son
cousin Awad Kahlifi ils entretenaient , de son vivant, des relations
homosexuelles avec M Malhama, ex propriétaire de la Société
Olivetti à Djibouti ?.
Comment un Mohamed
Ali Chaker pourrait il prétendre donner une quelconque leçon
de morale, d'être loyal vis à
vis du contenu des saints versets d'Al Küran et de la pensée
transmise par le prophète Muhammad alors qu'avec son
cousin Awad Kahlifi ils ont usé dans le même temps de
chantage à l'égard de M Malhama et se sont précipités
sur ses biens pour se les approprier ; biens qu'ils ont ensuite détournés
après son décès ?.
Les liens qui
unissent de tels hommes à Ismaël Omar Guelleh n'exprime
pas un rapport de dépendance institutionnelle mais exclusivement
d'intérêt vis à vis de lui ; dans
quelle perversité qu'expriment de tels hommes peut on trouver
l'expression d'une quelconque "Loyauté" et à
l'égard de qui et de quoi ?.
Ce
n'est pas avec eux que se construira le Djibouti d'un demain prôche
mais, entre autres, avec ceux et celles qui
ont, aujourd'hui et un à un, le courage de témoigner
de ce à qu'ils ont subi, de ce à quoi ils ont assisté
et qui ne font étalage que de loyauté par rapport à
ce qu'ils sont et à leur conscience.
Youssouf
Abdillahi Omar
membre du Gouvernement en Exil