La parole aux opposants
Dernière modification : le 22-Jui-2002 7:39 (GMT+1 / Bruxelles)

22/06/02 Les effets pervers de la Conférence d’Arta se font jour et mettent à mal les manipulations et les visées hégémoniques d’Ismaël Omar Guelleh.

Chacun reconnaît aujourd’hui sur le plan international qu’en 11 années d’autonomie, les dirigeants du Somaliland ne sont pas restés inactifs.

S’efforçant de fédérer toutes les composantes ethniques et tribales vers un même but qui est sans conteste la reconstruction nationale en privilégiant le maintien de la paix, sous l’impulsion du défunt Président Egal le peuple du Somaliland a apporté la meilleure réponse qui pouvait être opposée à la non-reconnaissance de son existence qui lui était faite sur le plan international.

En quelques années, la capitale du Somaliland vient d’infliger un camouflet on ne peut plus évident aux Accords d’Arta qui tentaient maladroitement d’imposer le régime de Mogadiscio, piloté par Ismaël Omar Guelleh, au détriment d’Hargeisa.

Constat est fait depuis des années de l’incapacité chronique du système politique de Mogadiscio et des successeurs de Syad Barré de faire évoluer le peuple de la région dans la voie du progrès et vers la paix.

Confronté à d’incessantes querelles claniques internes, dans lesquelles Ismaël Omar Guelleh a apporté la touche toute personnelle qu’on lui connaît, jour après jour le régime politique de Mogadiscio a perdu toute influence sur les régions du pays, déclinant au point qu’il ne détient plus aujourd’hui qu’une autorité toute aléatoire se limitant exclusivement à quelques quartiers de la capitale des ex Somalies Italiennes.

Sa fin étant proche, ce qui n'est un secret pour personne, ceci met à mal toutes les manigances « politico-totalitaires » d’Ismaël Omar Guelleh et le contenu des Accords d’Arta des suites desquelles il pensait renforcer, par personne interposée, ses visées hégémoniques sur la corne Est de l’Afrique.

Ceux qui pensent qu’il pourrait servir d’autres intérêts que les siens se tromperaient lourdement.

Là encore c’est un échec cuisant qui est opposé au Dictateur qui règne en maître absolu sur Djibouti malgré les quelques "cocoricos" lancés dans la presse locale par ses subordonnés et inféodés patentés parlant de "réussite" des Accords d'Arta.

Oui mais voilà, on ne peut tromper tout le monde tout le temps.

Soit on se laisse persuader par une vision "Sheratonienne" du sujet, soit on va sur place et l'on observe pour tenter de comprendre. Présente sur le terrain, le résultat en est que l'opinion politique internationale commence à mieux cerner les réalités géopolitiques et économiques de la région de la corne Est de l’Afrique et semblerait réorienter de manière diamétralement opposée son choix précédent qui consistait à ignorer la "réalité somalilandaise".

Plus personne ne croit à la capacité des Accords d’Arta à résoudre le « problème somalien » , la meilleure preuve en étant les démarches récentes, réitérées et pressantes de la diplomatie d’outre atlantique vers le Somaliland ayant pour but d’exprimer une officieuse reconnaissance du pays dans la vraisemblable perspective de son entrée au sein de l’Organisation des Nations Unies.

La question que l’on doit se poser consiste à savoir si le fait que le sous sol du Somaliland recelant des ressources importantes en gaz naturel, les plaçant dans les premiers rangs mondial, ne justifierait pas cette démarche empressée de la diplomatie américaine.

De plus et à l’usage, constat est fait que l’argumentation selon laquelle des réseaux d’Al Quaïda pourraient être présents et s’entraîner sur le territoire du Somaliland serait une affirmation fallacieuse qui s’inscrit dans la même démarche de jeter le discrédit, savamment orchestrée, à l’égard du jeune État.

Les instances internationales seraient mieux inspirées de rechercher sur Djibouti, avec des ramifications dans le régime de Mogadiscio, les « connexions et les donneurs d’ordres » des réseaux d'Al Quaïda dans la région.

Par ailleurs, il convient d’effectuer un rappel partiel de ce que fut l’histoire récente de la Somalie et des intervenants extérieurs pour tenter de mieux comprendre la situation actuelle.

Le peuple des Issaks est une réalité qui représente environ 80 % de la population du Somaliland qui, de par sa destinée de peuple de pacifiques commerçants, n’a pas vocation naturelle à susciter des conflits et à les entretenir.

Ce n’est que lorsque qu’il est contraint et forcé par des intervenants extérieurs que le peuple Issak va réagir de manière forte en créant en son sein une « Mobilisation générale » qu’accompagnera indubitablement une Solidarité sans faille contre l’agresseur.

Rappelons que l’un des buts poursuivis par Ismaël Omar Guelleh fut, dès les années 80 , de réduire au silence les Issaks de Djibouti mais qu’il s’est toujours refusé de les affronter directement car « les juifs de Somalie » comme il les appelle, ont une capacité de répondre à l’agression qu’il n’ignorait pas déjà à cette époque.

Il s’est donc limité à les maintenir à des échelons subalternes de l’administration djiboutienne, héritage de l’administration coloniale, à défaut de les repousser au delà de la frontière comme il le fit, sans équivoque possible et sans aucune gêne, avec les gadaboursis qui furent, avec les Afars, les "parias" traqués par le régime despotique.

La capacité de réaction des Issaks nous fut démontrée de façon flagrante après le bombardement d’Hargeisa, ordonné par Syad Barré et soutenu politiquement par Hassan Gouled et par Ismaël Omar Guelleh.

Face aux conséquences de cette attaque ignoble qui fit des centaines de victimes parmi la population civile, femmes et enfants notamment et jusque dans les lieux de culte de la ville d’Hargeisa, le commerçant pacifique qu’était l’Issak a réagi vivement en décrétant une « Mobilisation générale » en réponse à l'agression dont il était victime.

Il s’est transformé, par l’obligation qui lui était faite, en « guerrier » en provoquant dans les semaines qui suivirent la chute du Président somalien Syad Barré et la débandade au sein du régime de Mogadiscio.

Ceci aurait du servir de leçon à Ismaël Omar Guelleh.

En facilitant l’instauration des Accords d’Arta, il a tenté de manière insidieuse de contourner le « problème Issak » en modifiant la distribution des cartes du jeu faussé qu'il imposant pour inciter les instances internationales à faire pression sur le Somaliland.

La discorde qu’il créa en instant parmi les Afars a eu l’effet inverse chez les Issaks dont le Président Egal comprit très tôt qu’il convenait de maintenir la « Mobilisation de la Force Issak », en temps et en heure, pour contrer les visées hégémoniques d’Ismaël Omar Guelleh qui furent confirmées en 1998, au sommet des pays de l’IGAAD où le Chef de l'Etat du Somaliland fut invité par IOG pour une supposée « Réconciliation nationale » placée sous l’artificielle autorité de Mogadiscio.

Nous savons aujourd'hui ce qu'il advient de ces Accords.

L’invitation récente faite par Ismaël Omar Guelleh au Président Riyaale du Somaliland constituerait-elle une réelle volonté de renouer des liens sincères et durables entre les deux pays où ne serait-ce pas, une fois encore, une tentative de créer des dissensions entre les différentes factions du Somaliland en sachant que son Chef de l’État est d’origine gadaboursi et qu’il a la confiance du peuple.

Après sa non-reconnaissance de l’existence du Somaliland, la fermeture de la frontière et la menace de pose de réseaux de mines antipersonnelles, il serait surprenant que le Dictateur qui règne en maître absolu sur Djibouti puisse changer brusquement d’attitude et revenir à de meilleurs sentiments à l’égard d’une population voisine qu’il a toujours exclue.

Chacun sait ce qu’il faut penser des Accords de paix signés par Ismaël Omar Guelleh ; il les signe de la main gauche et agit ensuite de la main droite.

L'expérience du FRUD devrait permettre de réfléchir sur les engagements, même restreints, signés par IOG.

Quoi qu’il en soit, les Issaks attendent avec une certaine impatience le retour du Président Riyaale pour se faire une idée sur les propositions d’Ismaël Omar Guelleh et, par évidence, sauront ce qu’il faut en penser.

Roger Picon.


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